Reinhard Heydrich

Né le 7 mars 1904 à Halle, Saxe. Conformément aux souhaits de sa mère, Reinhard Tristan Eugen Heydrich est baptisé selon le rite catholique, alors que son père est un protestant non pratiquant.
Ses parents musiciens et mélomanes avertis, feront naître en lui une passion pour le violon qu'il pratiquera toute sa vie.
Il est élevé de manière stricte et rigoriste, dans une ambiance nationaliste où la fidélité absolue au Kaiser est la règle. Il devient en grandissant un adversaire résolu de l'Église catholique, sans pour autant adhérer au néo-paganisme cher à Himmler.

En 1918, Heydrich adhère à une association de jeunesse nationaliste, le Deutsch-Nationaler Jugendbund ; il la quitte, puis s'affilie en 1920 au Deutscher Völkischer Schutz- und Trutzbund. Cette organisation, dont le slogan est « Nous sommes les maîtres du monde ! », a pour but d'alerter le peuple allemand sur la menace que représenteraient « l'influence des Juifs et des sentiments et pensées d'origine étrangère ».

En 1921, il fonde avec un ami la Deutschvölkische Jugendschar.

En 1922, Heydrich termine ses études avec de bonnes notes.
Durant cette période, il devient un sportif accompli qui pratique la natation, la course, la voile et l'escrime. Comme pour le violon, sa passion pour le sport se poursuit tout au long de sa vie. Il devient d'ailleurs un escrimeur de niveau international et continu à participer à des compétitions d'escrime une fois devenu le responsable de l'appareil répressif du Reich.

Le 30 mars 1922, il rejoint la « Reichsmarine », sans doute sous l'influence du Comte Von Luckner, « corsaire » de la Première Guerre mondiale et ami de ses parents.
La carrière de Heydrich dans la marine est brutalement interrompue en 1931. Après l'annonce de ses fiançailles avec Lina von Osten, qu'il épouse quelque temps après, il est traîné devant un tribunal d'honneur présidé par le futur amiral Erich Raeder, suite à la plainte d'une jeune fille qui s'estime déjà fiancée avec Heydrich.

Le 1er mai 1931, soit le jour même où son renvoi de la Reichsmarine est rendu public, Heydrich s'affilie au parti nazi et moins de quinze jours plus tard, sur la recommandation de Karl von Eberstein (membre de la noblesse allemande, affilié au parti nazi dès 1922, député au Reichstag), il se présente au domicile de Himmler. Celui-ci l'accepte dans la SS, aux critères de sélection nettement plus sévères et à la discipline plus stricte que ceux de la SA, mais il lui confie immédiatement la création du service de renseignements du parti nazi, le futur « Sicherheitsdienst », compte tenu de son expérience au sein des services de renseignements de la Marine à Kiel.

1er juin 1931 Heydrich entre au parti nazi.

Le 14 juillet 1931 il entre dans la SS, avec le matricule 10120.

Le 1er décembre 1931, adjoint direct de Himmler, Heydrich est promu « Hauptsturmführer ».

En juillet 1932, il est officiellement nommé à la tête du Sicherheitsdienst (SD), et à nouveau promu, cette fois au grade de « Standartenführer ».

Le 30 janvier 1933, les nazis arrivent au pouvoir.
Himmler prend les rênes de la police de Munich et Heydrich devient son adjoint pour la section politique, tout en demeurant le chef du SD. Il participe aux premières répressions menées par le régime nazi dès le mois de février et contribue à remplir le camp de Dachau ouvert en mars 1933, dont la garde est confiée à la SS en avril.
On passe de la terreur de rue des SA à la terreur d'État de la SS, même si celle-ci est toujours officiellement subordonnée à la SA.

En 1934, Heydrich est avec Himmler l'un des artisans de la nuit des Longs Couteaux.

En 1935, le SD dispose d'un nouvel outil de répression, la détention préventive (Schutzhaft), qui lui permet d'interner qui bon lui semble sans aucune procédure devant les tribunaux et dont il fait un large usage en Allemagne et dans tous les territoires occupés.

Dès l'annexion de l'Autriche à l'Allemagne le 13 mars 1938, Heydrich, qui a participé activement à sa préparation, utilise son outil répressif contre les opposants autrichiens avec la même vigueur qu'il l’avait déployée en Allemagne. Après avoir rempli le camp de concentration de Dachau, c'est au tour de Mauthausen.

Le 9 novembre 1938, Heydrich est à Munich, où Hitler célèbre l'anniversaire de la tentative de prise du pouvoir lors du putsch de la brasserie en 1923, en présence de Goebbels et de nombreux dirigeants nazis.

Le 12 novembre 1938, après la « Nuit de Cristal », c'est lui qui dresse le bilan des actions antijuives, lors d'une conférence interministérielle : 7500 magasins et 177 synagogues détruits, plus de 100 millions de Marks de dégâts, et 91 morts. Lors de cette même réunion, il propose de concentrer les Juifs dans des ghettos, de leur faire porter un insigne distinctif, de les exclure des transports publics, des hôpitaux, des écoles et de tous les endroits où ils pourraient côtoyer des Allemands.
Au bilan officiel dressé par Heydrich, il faut ajouter les quelque 20000 Juifs déportés en camp de concentration, grâce à la collaboration entre la police politique et la police ordinaire.

En juillet 1939 quatre « Einsatzgruppen » sont constitués par Reinhard Heydrich.
Leur mission porte officiellement sur l'arrestation de tous les ennemis potentiels, de manière « déterminée mais correcte ».

Début août 1939, Heydrich organise, à la demande d’Hitler et d’Himmler la mise en scène, de la prétendue attaque de la station radio allemande de Gleiwitz et celle du poste des douanes de Hochlinden, dans la nuit du 31 août au 1er septembre 1939. Prétextes cousus de fil blanc dont se saisit Hitler pour envahir la Pologne.

Lors de la campagne de Pologne, dans le sillage de la Wehrmacht, les Einsatzgruppen, procèdent au massacre planifié de l'élite polonaise, en mettant l'accent sur les Juifs considérés comme opposants potentiels. De septembre 1939 au printemps 1940, les exécutions font 60000 victimes.

Le 21 septembre 1939, suite à des instructions écrites de Heydrich, la concentration des Juifs dans des ghettos situés dans des villes reliées au chemin de fer commence dès la fin du mois de septembre, et des « Judenräte » (conseils juifs) sont constitués « afin que les futures mesures en soient facilitées ».
En novembre et décembre 1939, 87000 Juifs et Polonais sont déportés.

En 1939 et 1940, Heydrich étudie les possibilités de vider le Reich de tous les Juifs : il confie notamment à Eichmann la mission d'élaborer un plan pour déporter l'ensemble de la population juive sur l'île de Madagascar.

Comme en Pologne, mais sur une bien plus vaste échelle, les Einsatzgruppen s’engouffrent dans le sillage des armées allemandes dès le début de l'opération Barbarossa (invasion de l’URSS) et procèdent à l’élimination systématique des cadres du parti communiste, surtout s’ils sont Juifs, des commissaires politiques de l’Armée rouge, des partisans et supposés tels, de ceux qui les abritent et les soutiennent ou sont soupçonnés de le faire.
A la fin du mois de juillet 1941, l’action s’étend à tous les Juifs, hommes, femmes et enfants.
Le plus terrible des massacres est perpétré à Babi Yar, près de Kiev, les 29 et 30 septembre 1941, au prix de près de trente-quatre mille victimes.

Le 31 juillet 1941 Heydrich se voit confier par Goering, la tâche de « produire dans les plus brefs délais un projet d'ensemble sur les premières mesures pratiques d'organisation à prendre pour mener à bien la solution tant désirée du problème juif ». C'est sur la base de cette instruction que Heydrich organise la conférence de Wannsee qui se tient le 20 janvier 1942.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Reinhard Heydrich (à droite) et Karl Hermann Frank (au centre).
- Prague, Septembre 1941

 



 Le 24 septembre 1941, Hitler nomme Heydrich suppléant (Statthalter) du gouverneur du Protectorat de Bohême-Moravie, Konstantin von Neurath, jugé peu efficace et officiellement en congé de maladie.
Si von Neurath reste officiellement en place, il n’a plus son mot à dire et la situation est claire pour tout le monde : Heydrich est seul maître à bord à Prague.
Entre la date de son arrivée le 27 septembre et le 29 novembre, quatre cents Tchécoslovaques sont exécutés. La Gestapo s’installe au palais Pecek et fait disparaître plus de quatre mille opposants ou résistants. Heydrich entreprend aussi de vider le Protectorat de sa population juive, en la déportant dans le camp de concentration de Theresienstadt, puis dans les camps d’extermination.

Le 27 mai 1942, comme à son habitude, Heydrich est seul avec son chauffeur, sans escorte ni protection particulière, à l’arrière d’un cabriolet décapoté. Un peu avant dix heures trente du matin, sa voiture ralentit dans un virage sur la route qui le mène au quartier général établi dans le château de Hradcany.
Trois résistants tchèques, dont deux ont été parachutés de Londres, y sont tapis en embuscade.
Le chef du commando, Josef Val?ik, signale l’arrivée de la Mercedes de Heydrich à l’aide d’un miroir. Lorsque la voiture passe à moins de trois mètres de Jozef Gab?ík, celui-ci braque sa Sten en direction de Heydrich, mais l’arme s’enraye et aucun coup ne part. Alors qu’Heydrich se redresse et dégaine son pistolet, le troisième membre du commando, Jan Kubiš, lance une grenade qui explose à l’arrière du véhicule. Les éclats transpercent le siège arrière et blessent Heydrich au dos.
Il n'est transporté à l’hôpital Bulovka, dans une fourgonnette de livraison, qu'au bout d'une heure. La blessure de Heydrich n’est en elle-même pas mortelle. Mais en traversant le siège arrière, les éclats de grenade ont également fait pénétrer dans la plaie des particules du rembourrage constitué de crins de cheval. La septicémie est foudroyante et rapidement généralisée.

Le 4 juin 1942, Heydrich meurt à l'âge de trente-huit ans.
Rapatrié à Berlin, le corps de Heydrich a droit à des funérailles nationales.