Franz von Papen

Né le 29 octobre 1879 à Werl en Westphalie de parents propriétaires terriens.
Il épouse Martha Octavie Marie von Boch-Galhau (1880-1961), de la famille des riches Villeroy et Boch, dont il eut cinq enfants.

Après une formation militaire dans la cavalerie, von Papen débute une carrière diplomatique en 1913, en tant qu'attaché militaire à Washington et Mexico. Alors que la Première Guerre mondiale a débuté, il se livre à diverses activités d'espionnage et de sabotage industriel contre les États-Unis, dont il est expulsé avec d'autres officiers en décembre 1915.

Il est ensuite attaché militaire en Espagne avant de prendre part activement au conflit mondial, obtenant des postes de commandement lors des batailles de la Somme et de Vimy. Plus tard, il fera partie de la soixantaine d'officiers allemands qui supervisent les troupes turques. Il est nommé à Jérusalem, en Palestine alors sous domination ottomane, attaché d'état-major à la Quatrième Armée turco-allemande, défaite par les britanniques sous le commandement du général Allenby fin 1917.

En 1921, il est élu député du Zentrum à la Diète de Prusse.
Membre de l’aile droite du Centre catholique, après avoir soutenu la candidature du maréchal Hindenburg à la présidence du pays en 1925, contre le candidat centriste, il entre en conflit avec Heinrich Brüning, pourtant chef de son parti.

Le 1er juin 1932 il est appelé par Hindenburg à la Chancellerie pour former le « cabinet des barons », un gouvernement conservateur favorable aux intérêts des grands industriels.
Exclu de son parti, cherchant à rallier à sa majorité les nationaux-socialistes, il lève immédiatement l’interdiction qui frappe les SA, mais ce geste provoque une recrudescence de l’agitation sociale qui le conduit à proclamer la loi martiale à Berlin, où se multiplient les bagarres entre communistes et SA. Cela lui permet de faire disparaitre le gouvernement local prussien, qui était de centre-gauche.

En juillet 1932 il provoque des élections pour avoir une majorité au Reichtag (où son gouvernement n'a pour ainsi dire pas de soutien). La poussée sensible des nazis qui gagnent 123 sièges le conduit à demander à Hindenburg une nouvelle dissolution, qu'il ne peut faire appliquer en raison de l'attitude du président de séance, Hermann Goering, qui ne lui donne pas la possibilité de communiquer le message de dissolution, faisant voter une motion de censure proposée par les communistes et les nazis. Le résultat est toutefois identique : il faut revenir devant les électeurs. La nouvelle élection de novembre 1932 est certes un recul pour les nazis, mais von Papen n'a toujours pas de majorité sans les nazis. Il tente d'obtenir d’Hitler un soutien, mais les conditions sont telles qu'il préfère démissionner le 17 novembre 1932.

Avec Alfred Hugenberg du DNP (Parti National Allemand), von Papen entame une négociation pour former un gouvernement incluant Hitler.
Hitler serait chancelier mais von Papen deviendrait vice-chancelier et ministre-président de Prusse.

Le 23 janvier, Schleicher qui admet qu'il n'a pas de majorité au Reichtag demande à Hindenburg de déclarer l'état d'urgence.

Le 28 janvier, Schleicher démissionne, le 30, Hindenburg cède au plan de von Papen qui, vice-chancelier, laisse la chancellerie à Hitler, mais dans un gouvernement conservateur où ne se trouvent que deux nazis. Von Papen projette de faire ensuite renvoyer Hitler du gouvernement et ainsi retrouver le pouvoir.

Rapidement, von Papen se fait déborder par les Nazis. Hermann Goering prend, depuis la Prusse, où il est ministre de l'Intérieur, des décisions sans en référer à son supérieur nominal von Papen.
Alors que von Papen se rend à Rome en avril 1933 pour signer le concordat qu'il avait négocié avec le secrétaire d'État Pacelli (ancien nonce en Allemagne), il est remplacé par Goering au poste de ministre-président de Prusse par un vote du parlement local. N'ayant pas protesté contre les lois qui avaient suivi l'incendie du Reichstag, von Papen est alors presque déjà impuissant.
Il tente cependant de convaincre Hindenburg qu'il faut renverser Hitler en s'appuyant sur les conservateurs et l'armée, exaspérés par l'attitude révolutionnaire des SA de Röhm qui veut devenir le cœur de l'armée et changer l'ordre social.

En juin 1934 il attaque Röhm dans un discours à l'université de Marburg, demandant la restauration de certaines libertés et la fin de la « seconde révolution » que les SA ne cessent de demander.
Hitler réagit d'abord en interdisant la publication du discours, ce qui permet à von Papen de menacer de démissionner. Hitler est alors mis en demeure par Hindenburg de faire cesser les tensions, sous peine d'être démissionné et remplacé par un gouvernement militaire. Von Papen semble être sur le point de réussir.


 

 




 

 

 

 

 

Hitler et von Papen - 1935

 

 

 


Mais, deux semaines après le discours, Hitler prend la brutale décision de combiner une opération surprise avec l'armée et ses SS, pour faire éliminer Röhm, les SA, mais aussi d'autres opposants ou rivaux potentiels lors de la Nuit des Longs couteaux du 30 juin 1934.
Hitler profite également de l'occasion pour s'occuper des conservateurs qu'il considère comme non-fiables : le vice-chancelier et son entourage sont du nombre et une unité armée de la SS boucle la vice-chancellerie.
Von Papen est arrêté sommairement à la vice-chancellerie, en dépit de ses protestations véhémentes. Il est placé en résidence surveillée par Goering sous la « surveillance spéciale » des SS.
Bien qu’Hitler l'ait fait libérer quelques jours plus tard, von Papen n'osera plus critiquer le régime à partir de cet évènement. Après quelques jours, lors d'une réunion à la Chancellerie, il ne retrouve plus sa place de vice-chancelier et demande alors une audience privée à Hitler où, épuisé il finit par démissionner, le 7 août 1934.
Il reste néanmoins député au Reichstag de 1933 à 1945 en tant que député du Parti national du peuple allemand, puis du Parti national-socialiste des travailleurs allemands.
Il est nommé ambassadeur à Vienne en 1934, puis à Ankara de 1939 à 1944.

Ambassadeur en Autriche :
Après la Nuit des Longs couteaux, il accepte de devenir le nouvel ambassadeur allemand en Autriche. Le chancelier Dollfus venait alors juste d'être assassiné dans un coup d'État raté des nazis autrichiens. Il fit jouer ses relations catholiques et diplomatiques pour renouer des contacts avec le cabinet de Kurt von Schuschnigg mais il est rappelé par Hitler le 4 février 1938 lors de la préparation de l'Anschluss. Il arrange néanmoins la venue de Schuschnigg à Berchtesgaden pour le 12 février 1938. Il s’agissait de la présentation de l'ultimatum à l'Autriche de céder aux pressions allemandes ; cette immixtion dans la politique intérieure de l'Autriche ouvrit la voie à l'Anschluss le 13 mars 1938. De nouveau, un de ses proches collaborateurs, Wilhelm Freiherr von Ketteler, fut assassiné lors de l'annexion de l'Autriche.

Ambassadeur en Turquie :
Pendant la guerre il est réaffecté comme ambassadeur d'Allemagne en Turquie de 1939 à 1944. En tant qu'ambassadeur du Troisième Reich à Ankara de 1939 à 1944, il parvient, grâce à l'espion « Ciceron », Elyesa Bazna (valet de chambre de l'ambassadeur britannique à Ankara), à obtenir des informations clés concernant les Alliés, comme les comptes rendus des conférences entre Américains, Soviétiques et Britanniques, ou comme des informations sur le futur débarquement allié en Normandie. Il signe par ailleurs un pacte de non-agression avec la Turquie le 18 juin 1941.

Après-guerre :
Il est capturé avec son fils Franz, et amené en camp de prisonnier pour être l'un des accusés du procès de Nuremberg. Il fut relaxé bien que la cour admit qu'il avait commis un nombre d'immoralités politiques qui n'étaient pas condamnables. Il fut néanmoins condamné à huit années de travaux forcés par un tribunal de dénazification de l'Allemagne de l'ouest ; il finit par être relaxé en 1949 en appel.
Ayant failli dans sa tentative de revenir sur la scène politique en 1950, il se retire en son château de Benzenhofen. Il y écrit un grand nombre d'ouvrages où il justifie ses actes pendant les années 1930-1933, le plan Schumann et un rapprochement avec l'Europe de l'ouest.
Il meurt à Obersasbach, le 2 mai 1969.