Hitler et Leni Riefenstahl

En février 1932, l'actrice et danseuse Leni Riefenstahl se rend à un meeting du Parti national-socialiste allemand (NSDAP) au Berlin Sportpalast, où le principal orateur est Adolf Hitler.
Selon ses propres aveux elle est «électrifiée» par ce qu'elle voit et entend.

Elle prend contact avec son idole qui, de fil en aiguille noue une amitié avec elle.
Après son élection au poste de chancelier en janvier 1933, Hitler lui demande de réaliser le film d'un important rassemblement nazi qui doit avoir lieu prochainement à Nuremberg. Diffusé en 1934, ce film fut détruit pendant la guerre et Leni lui dénia toujours quelque valeur artistique.

Celle-ci devient la réalisatrice officielle des films de propagande du régime nazi.

L’admiration et la confiance que lui porte Adolf Hitler vaut à la réalisatrice en 1936 l'inimitié du ministre de la propagande, Joseph Goebbels.

Le film «Le Triomphe de la Volonté» est sans doute l’un des films de propagande les plus impressionnants et les plus novateurs de son temps. Ce film est en effet considéré comme «le» film hitlérien par excellence, celui dans lequel l’idéologie nazie est la plus valorisée, malgré toutes les prétentions d’objectivité de Leni Riefenstahl. Toutefois, il n’est pas non plus négligeable de remarquer que ce film est également une gigantesque prouesse esthétique qualifiée très souvent d’avant-gardiste.
Le "Triomphe de la Volonté"’ se construit tout d’abord autour de deux motifs majeurs : Hitler, le leader, et le peuple, ensemble de masses immenses et déshumanisées.
En réalisant ce film, Leni Riefenstahl a très sûrement participé au mythe hitlérien et à sa justification, du moins du point de vue esthétique. De nombreuses remarques viennent étayer cette impression. Tout d’abord, au plan général, il n’est pas négligeable de noter que jamais il n’y avait eu, avant ‘’Le Triomphe de la Volonté’’, autant de gros plans d’un politique allemand. Pour ce film, Hitler s’est réellement mis à la disposition de la réalisatrice.
De plus, la mise en scène (angles de prise de vue, mouvements de caméra et symboles) glorifie sans cesse son sujet.


Hitler apprécie beaucoup le travail avant tout esthétique de la cinéaste et lui demande de réaliser une œuvre sur les Jeux olympiques se tenant quelques mois plus tard à Berlin. Leni Riefenstahl, exige des moyens exceptionnels pour réaliser une œuvre novatrice.
Hitler lui donne les pleins pouvoirs permettant à la réalisatrice de trouver des angles inédits, de travailler sur les ralentis et d'expérimenter des caméras en mouvement. En 1936, Leni Riefenstahl, alors au faîte de sa gloire, réalise «Les Dieux du stade» (titre allemand : Olympia).
Ce film est composé de deux parties : la première partie intitulée "Fest der Völke" (Fête des peuples) commence par l’histoire des anciens Jeux dans la ville d’Olympie et les traditions, et relate les épreuves d’athlétisme. La deuxième partie «Fest der Schönheit» (fête de la beauté) relate la fin des épreuves d’athlétisme ainsi que celles de gymnastique, d’escrime, de voile, d’équitation et de plongeon. La durée du film est de 4 heures en tout.
Le film fut présenté le 20 mai 1938, le jour de l’anniversaire du führer et reçut tout de suite un accueil triomphal en Allemagne.
«Olympia» est un film à caractères multiples, pouvant être considéré à la fois comme film de propagande, comme documentaire sportif, et enfin comme un véritable chef d’œuvre artistique. Leni Riefenstahl se verra décerner en 1939 une médaille d'or de la part du Comité international olympique pour ce film.


Leni Riefenstahl réalisera aussi le très controversé «Tiefland», dont elle a commencé à développer le script en 1934, et qu’elle a tourné entre 1940-1944. Le film, cependant, n'a pas été achevée à la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais a été finalisé et publié le 11 Février 1954. Il a été répertorié comme le long métrage avec le temps de production plus long. Pour ce film, elle a disposé de plusieurs dizaines de Sintis et Roms pour jouer les figurants, embauchés de force après avoir été extraits du camp de concentration de Salzbourg pour le tournage en extérieurs et en 1942 du camp de Marzahn pour les prises de vue dans les Studios de Babelsberg près de Berlin. En mars 1943, ils sont déportés vers Auschwitz où aucun ne survécut.
En relation avec ces faits, Leni Riefenstahl comparaît plusieurs fois après la guerre devant une juridiction allemande.


En 1943-44 Leni Riefenstahl réalise deux courts-métrages sur les deux sculpteurs emblématiques du régime nazi, Josef Thorak et Arno Breker.



 

 

 

 

 

 

 

 

Leni Riefenstahl, avec le dictateur nazi Adolf Hitler en 1938.

 

 


Après la Seconde Guerre mondiale, en butte à l'exclusion dont font preuve à son encontre ses confrères du 7e art, notamment américains, elle est placée sous la protection des autorités françaises d'occupation en Allemagne et peut compter sur le soutien de Jean Cocteau pendant sept ans.
Portée à comparaître devant les tribunaux en 1948, accusée de ne pas avoir rétribué les Roms et les Sintis pour son film Tiefland et de leur avoir faussement promis de les sauver des camps, elle est finalement acquittée. En 1949, un nouveau procès l’oppose au magazine Bunte qui avait publié les « calomnies » concernant ce même film, procès qu’elle remporte. S’ensuivent d’autres procès à propos de son travail de propagandiste pour le régime nazi.
Confrontée à des critiques incessantes visant tous ses projets de film, elle se tourne essentiellement vers la photographie, réalisant notamment plusieurs reportages photographiques sur les Noubas de Kau du Soudan. Ces séries font l’objet d’une reconnaissance internationale dans les années 1970.

Le 8 septembre 2003, peu après son 101e anniversaire, Leni Riefenstahl meurt dans sa maison de Pöcking, près de Munich.