L'assassinat d'Ernst vom Rath

L’assassinat d’Ernst vom Rath par Herschel Grynszpan

Herschel Grynszpan Ernst vom Rath

 

 Le 7 novembre 1938, un Juif polonais, Herschel Grynszpan, habitant Paris, se présente à l’ambassade d’Allemagne pour protester contre la récente expulsion des Juifs polonais vivant en Allemagne. Il blesse mortellement Ernst vom Rath, secrétaire d’ambassade. Transporté d’urgence à la clinique de l’Alma, vom Rath se trouve entre la vie et la mort.

Dès que Hitler apprend la nouvelle, il élève vom Rath au rang de conseiller d’ambassade et envoie son médecin personnel, Karl Brandt, et le professeur munichois Georg Magnus à son chevet. Mais vom Rath décède le 9 novembre à 16 h 30.

Trois jours plus tard une cérémonie funèbre se déroule au temple luthérien de la rue Blanche en présence de Georges Bonnet, ministre des Affaires étrangères, embarrassé par cette affaire.
Le corps est transféré à Düsseldorf en Allemagne le 16 novembre : des milliers de personnes défilent devant la dépouille. Hitler et les plus hauts dignitaires du IIIe Reich assistent le lendemain aux obsèques au cours desquelles Joachim von Ribbentrop prononce l’éloge funèbre.

En France, Grynszpan est inculpé par le juge Tesnière de tentative d’assassinat et de meurtre avec préméditation. Maître Moro Giafferi, en collaboration avec maître Weill Goudchaux et maître Frankel, acceptent d’assurer sa défense. Avec l’aide de la journaliste américaine Dorothy Thompson, Moro Giafferi mobilise l’opinion publique américaine en faveur de Grynszpan et des Juifs du Reich.
L’avocat français doit également assurer la défense de l’oncle et de la tante de Grynszpan, Abraham et Chawa Grynszpan, accusés d’avoir accueilli un étranger en situation irrégulière. Fin novembre, ils comparaissent devant la 17e chambre correctionnelle et sont condamnés respectivement à six et trois mois de prison. La partie civile est représentée par Friedrich Grimm, juriste et agent des services de la propagande de Goebbels et par deux avocats français, Maurice Garçon et Maurice Loncle. Afin de convaincre l’opinion publique française, Grimm inonde la presse de matériel de propagande. Mais en raison du contexte international, le procès est sans cesse repoussé sous la pression de Grimm qui intervient directement auprès des autorités françaises.

A cause de la menace de guerre, Grynszpan est transféré vers un autre centre pénitentiaire. Pendant le trajet, un bombardement disloque le convoi et les détenus se dispersent dans la nature. Après avoir erré en vain sur les routes de France, Grynszpan se présente volontairement à la prison de Toulouse d’où il est remis aux autorités allemandes, dans le cadre de la convention d’armistice franco-allemande (selon laquelle la France s’engage à livrer les citoyens d’origine allemande, ennemis du régime).

Transféré à Berlin, Grynszpan est interrogé puis incarcéré à Sachsenhausen, le 18 janvier 1941 et fait plusieurs séjours à la prison de la Gestapo. En raison du contexte de la guerre, mais aussi parce que Grynszpan menace de révéler la prétendue homosexualité de vom Rath, le grand procès dont rêve Goebbels pour servir la propagande nazie n’a pas lieu. Personne n’a jamais su avec certitude ce qu’il advint de Grynszpan dont le sort et la personnalité ont donné lieu à de nombreuses thèses contradictoires.

Si, en février 1936, le meurtre de Wilhelm Gustloff, chef d’une branche suisse du parti nazi, par David Frankfurter, étudiant juif d’origine yougoslave était passé inaperçu en raison des Jeux olympiques de Berlin celui de vom Rath est, pour les nazis, le prétexte au déclenchement de la « Nuit de Cristal ».