La Nuit de Cristal

A l'annonce de la mort d’Ernst vom Rath, dans la soirée du 9 novembre 1938, le ministre allemand de la propagande, Joseph Goebbels, dénonce un « complot juif » contre l'Allemagne, et, par mesure de représailles, organise un pogrom massif sur l'ensemble du territoire du Reich.
Il mobilise dans la nuit les militants nazis et les jette dans les rues pour un pogrom de très grande ampleur.

Les sections d'assaut nazies (SA), fortes de plus d'un million de membres, et les Jeunesses hitlériennes s'en prennent aux synagogues et aux locaux des organisations israélites, ainsi qu'aux magasins et aux biens des particuliers.
Les agresseurs sont pour la plupart en tenue de ville pour laisser croire à un mouvement populaire spontané.

Dans toute l'Allemagne, y compris l'Autriche récemment annexée, des centaines de synagogues furent saccagées, pillées et détruites. Nombre d'entre elles furent incendiées, et les pompiers avaient reçu l'instruction de les laisser brûler et d'empêcher seulement que les flammes ne s'étendent aux bâtiments voisins.
Les vitrines de 7 500 établissements commerciaux appartenant à des Juifs furent brisées, et leurs marchandises pillées.
Des cimetières juifs furent profanés.
Des groupes de S.A. parcoururent les rues, s'attaquant aux Juifs qu'ils rencontraient : une centaine de Juifs furent tués.
Poussés au désespoir par la destruction de leurs maisons, de nombreux Juifs, parfois des familles entières, se suicidèrent.

Ce pogrom fut particulièrement violent à Berlin et à Vienne, où vivaient les deux communautés juives les plus importantes du Reich. La plupart des synagogues de Berlin furent détruites par les flammes et de nombreux magasins et habitations appartenant à des Juifs furent pillés et saccagés.
Des dizaines de Juifs furent tués. A Vienne, la plupart des synagogues et des maisons de prière de la ville furent détruites ou brûlées sous les yeux des pompiers et de la population.



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’intérieur de la synagogue de Berlin incendiée, le 10 novembre 1938



Si, pour l'essentiel, ils ne participèrent pas au pogrom, les SS et la Gestapo (police secrète d'Etat) le prirent comme prétexte pour procéder à l'arrestation d'environ 30 000 hommes juifs qui furent envoyés dans les camps de concentration de Dachau, Buchenwald et Sachsenhausen.
Soumis à des traitements brutaux, la grande majorité des internés Juifs allemands et Juifs autrichiens, lors de la « Nuit de Cristal », est progressivement libérée entre le 18 novembre1938 et le printemps 1939 s’ils s’engagent à émigrer sans tarder et à abandonner la majeure partie de leurs biens.
Parmi eux, les vieillards, les grands malades, ceux qui peuvent prouver qu’ils vont émigrer ou accepter de céder leurs entreprises à un Aryen pour un prix dérisoire, sont les premiers libérés. Le froid, les mauvais traitements et les maladies provoquent la mort de plusieurs centaines de « Juifs de novembre ».

Au total, on estime de 2 000 à 2 500 (en incluant les morts dans les camps de concentration) le nombre de morts liés directement ou indirectement à la Nuit de Cristal.

Les Nazis attribuèrent aux Juifs eux-mêmes la responsabilité de la nuit de Cristal et infligèrent une amende d'un milliard de marks (soit 400 millions de dollars au taux de change de 1938) à la communauté juive allemande. Elle sera prélevée sur les 7 milliards d’avoir juifs bloqués depuis avril 1938.


 

 

 

 

 

 

 

Défilé forcé de Juifs arrêtés au cours de la Nuit de cristal encadré par les SS dans les rues de Baden-Baden - Allemagne, 10 novembre 1938



Le Reich confisqua toutes les indemnisations des assurances qui auraient dû être versées aux Juifs dont les établissements commerciaux ou les habitations avaient été pillés ou détruits, et les propriétaires juifs durent prendre à leur charge les frais des réparations.

La nuit de Cristal annonçait une nouvelle vague de lois antisémites. Dans les semaines qui suivirent, le gouvernement allemand promulgua toute une série de lois et de décrets visant à exproprier les Juifs de leurs biens, à les priver de leurs moyens de subsistance et à les exclure de toute vie sociale.

Des lois imposèrent l'« aryanisation » (transfert à des propriétaires non juifs) des entreprises et des propriétés immobilières appartenant à des Juifs, à une fraction de leur valeur réelle.
Les écoles juives furent fermées et les enfants juifs qui fréquentaient encore des écoles allemandes furent expulsés.
Les Juifs se virent interdire l'exercice de la plupart des professions libérales, durent vendre leurs objets de valeur à des services d'achat de l'Etat et furent assujettis à des impôts spéciaux.
Les Juifs n'avaient pas le droit de posséder de voiture, leurs permis de conduire leur furent retirés et leur accès aux transports en commun était rigoureusement réglementé.
L'accès des théâtres, des salles de concert et de cinéma et des lieux de divertissement en général était interdit aux Juifs.
Ils furent ensuite concentrés dans des « maisons juives » : ils n'avaient plus le droit d'habiter dans les mêmes immeubles que les « aryens ».
Les Nazis prirent comme prétexte l'acte isolé d'un jeune Juif pour dépouiller l'ensemble de la population juive et pour l'exclure de toute vie sociale et les forcer à émigrer.

Le déchaînement de violence donne à tort l’impression d’une émeute spontanée. En fait, à l’exception d’une minorité très agissante, la population est restée spectatrice.
Peu de voix s’élèvent pour protester officiellement, et les Églises restent silencieuses.

Les berlinois donneront à ces violences antisémites le nom de « Nuit de Cristal » (Reichskristallnacht), en référence aux vitrines et à la vaisselle brisées cette nuit-là.
A cette appellation passée dans l'Histoire mais empreinte d'un certain cynisme, les historiens allemands préfèrent celle de « Novemberpogrom » (le pogrom de Novembre).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’incendie de la grande synagogue de Essen