Rhenanie : le premier coup de force

Le 7 mars 1936, Hitler viole le traité de Versailles, conclu en 1918, et décide de remilitariser la Rhénanie. Cette région, au bord du Rhin, est proche de la Belgique, du Luxembourg et de la Lorraine. Le leader nazi justifie son acte comme une réaction au pacte de non-agression conclu entre la France et le régime soviétique signé en 1932.





 

 

 

 

 

 

 

La remilitarisation de la Rhénanie décidée par Hitler le 7 mars 1936 constitue le premier grand coup de force, et le plus risqué engagé par le chancelier allemand sur le plan diplomatique. D'aucuns considèrent cet événement comme le premier d'une série de provocations hitlériennes qui mèneront à la Seconde Guerre mondiale.

La démilitarisation de la Rhénanie a été imposée à l'Allemagne par le traité de Versailles, afin de créer une zone tampon entre la frontière franco-allemande et les régions allemandes militarisées. En guise de prétexte, Hitler évoque non seulement l'injustice intolérable du traité de Versailles, mais aussi la menace que fait peser sur l'Allemagne et sur la paix en Europe le traité franco-soviétique signé l'année précédente. Les Anglo-saxons, qui font valoir le caractère germanique de la région, se sont opposés lors du traité aux projets français d'annexion de la Rhénanie. La rive gauche du Rhin devait toutefois faire l'objet d'une occupation militaire de la part des Alliés pour une période de cinq à dix ans. Après les tensions importantes des années 1923-1924 (refus allemand de payer les réparations, occupation de la Ruhr décidée par Poincaré, volonté française de favoriser les mouvements séparatistes en Rhénanie), le traité de Locarno du 16 octobre 1925 prévoit l'évacuation de la Rhénanie par les troupes alliées, contre la promesse allemande de laisser la région démilitarisée et l'inviolabilité de ses frontières avec la France et la Belgique. Les dernières troupes françaises n’évacueront la Rhénanie qu’au cours de l'été 1930.

Hitler ne cache pas sa volonté, une fois parvenu au pouvoir, d'obtenir la révision du traité de Versailles dont il pense qu’il a été une « décision imposée ». Sa détermination à remilitariser la Rhénanie en mars 1936 prend tout le monde de vitesse : le samedi 7 mars au matin, 30 000 soldats allemands pénètrent dans la zone démilitarisée et défilent dans les principales villes (Cologne, Düsseldorf...). L'opération de réoccupation militaire de la Rhénanie est préparée par le haut commandement allemand dans le plus grand secret, pour être exécutée avec la rapidité de l'éclair. Il faut faire d'autant plus vite que beaucoup d'officiers allemands sont sceptiques sur les chances de réussite. Ne disposant que de quelques bataillons, l'État-major fait avancer trois colonnes sur la rive gauche du Rhin, vers Aix-la-Chapelle, Trèves et Sarrebruck. En cas de réaction française, les plans prévoyaient de faire demi-tour et de battre en retraite vers l'autre rive du Rhin.
Cette opération hardie comportait une part de bluff : des documents militaires allemands publiés depuis 1945 montrent que cette opération aurait pu tourner au désastre si la France avait réagi brusquement, en organisant une mobilisation générale. L'Etat-major allemand n'était en effet pas prêt à suivre Hitler dans une guerre aventureuse à l'Ouest, estimant que la préparation de l'armée allemande n'était pas suffisante.
Mais le gouvernement français s’est contenté de protestations verbales ; Albert Sarraut le président du Conseil déclare dans un communiqué officiel à la radio « Nous ne sommes pas disposés à laisser placer Strasbourg sous le feu des canons allemands ». Mais ces propos vont rester lettre morte. Il est vrai que des élections législatives doivent avoir lieu dans quelques semaines, et qu'une mobilisation générale serait politiquement mal venue dans un pays qui se veut pacifiste, et où les forces de gauche du Front Populaire font de la défense de la paix un thème essentiel de leur programme.

Les conséquences de la remilitarisation de la Rhénanie sont particulièrement importantes. Hitler renforce sa popularité personnelle auprès du peuple allemand. Il réussit à rallier à ses vues l'Etat-major allemand, pour lequel tout conflit futur à l'Ouest ne peut être supportable que si l'armée allemande occupe la rive gauche du Rhin. Il n’hésite d’ailleurs pas à se débarrasser dans les mois qui suivent des généraux qui ont faibli.
Il prouve que ni les Français, divisés par leurs querelles internes, ni les Britanniques, retranchés dans leur isolement, ne sont prêts à en découdre. Il porte un coup fatal à la crédibilité de la France vis-à-vis de ses alliés d'Europe centrale et orientale, en particulier face à l'Union Soviétique, qui n'a plus aucune confiance dans les dispositions des accords conclus avec Paris.

A partir de 1936, Hitler fait de la Rhénanie remilitarisée un puissant camp retranché protégé par la ligne Siegfried qui servira de base à l'offensive allemande de mai-juin 1940.



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des civils allemands saluent les forces allemandes traversant le Rhin, - Mayence, 7 mars 1936 -