La Nuit des longs couteaux

Malgré la mainmise d'Adolf Hitler sur l'Allemagne après sa nomination le 30 janvier 1933 au poste de chancelier, le pays souffrait toujours d'une mauvaise situation économique et le désenchantement de la population grandissait devant l'installation de la dictature, et elle était fatiguée des exactions brutales des chemises brunes.

De son côté, Ernst Röhm, qui dirigeait la SA depuis 1930, avait fait de celle-ci le bras armé de l'aile socialisante du NSDAP et souhaitait pousser encore plus loin l'élan révolutionnaire en absorbant l'armée allemande, la Reichswehr. Dès 1932, il s'était opposé à Hitler lorsque celui-ci avait initié son rapprochement avec les milieux d'affaires et les forces conservatrices pour parvenir à la chancellerie.
À partir de l'été 1933, l'opposition entre Hitler et Röhm avait éclaté au grand jour. Début 1934, forcé de choisir entre la Reichswehr, les forces légitimistes de droite et le président Hindenburg d'un côté et la Sturmabteilung de l'autre, Hitler décida, non sans hésitation, de sacrifier cette dernière et de la liquider, afin d'unifier politiquement le parti.

Dans la nuit du 29 au 30 juin 1934 (la nuit des longs couteaux), affolé par de fausses rumeurs de tentative de coup d'état fomenté par Ernst Röhm, Hitler lança les SS de Heinrich Himmler, avec le soutien bienveillant de l'armée, dans une opération contre ceux qui formaient un obstacle à son pouvoir.
De Berlin à Munich, plusieurs centaines de SA (en particulier les chefs et les hauts gradés), et d'opposants sont arrêtés ou assassinés.
Ernst Röhm est arrêté par Hitler lui-même au petit matin du 30, dans une auberge où avait lieu une réunion de SA. Enfermé dans une prison de Munich, on lui laissera une arme à feu pour se suicider. Mais refusant de le faire car ne comprenant pas ce qui lui arrivait, il croira jusqu'au bout à une erreur et sera finalement exécuté au matin du 1er juillet dans sa cellule. L'opération de purge se prolongera jusqu'au 2 juillet.
Parmi les victimes figurent surtout des nazis de la première heure : Ernst Röhm, chef des SA, Kurt von Schleicher, Karl Ernst, Gregor Strasser,... mais aussi des opposants catholiques : Erich Klauser, secrétaire général de l'Action catholique, Edgar Jung, autre dirigeant de l'Action catholique, Adalbert Probst, directeur national de l'Association sportive des Jeunesses catholiques, Fritz Gerlic, directeur de l'hebdomadaire catholique Der gerade Weg.

On estime à environ 200 personnes le nombre de tués lors de l'opération. Une cinquantaine de SA et des personnalités diverses, dont de vieux adversaires de Hitler et des collaborateurs de Franz von Papen; mais aussi quelques victimes malchanceuses car en de nombreux endroits, les liquidations furent anarchiques.
De nombreux généraux de la Reichswehr furent activement complices de cette opération et seront dès lors liés avec Hitler par une sorte de « pacte du sang ». Les SA continueront d'exister, mais auront désormais un rôle mineur dans la structure du Parti Nazi, Hitler ayant alors tout pouvoir sur le parti et sur l'Allemagne.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Adolf Hitler et Ernst Röhm en 1933