Le Concordat et les relations avec le Vatican

En janvier 1933, le NSDAP (Parti national-socialiste des travailleurs allemands dirigé par Hitler) ne gagne pas les élections.
Mais grâce à l'alliance avec le parti catholique, le Zentrum de Von Papen, il devient majoritaire.
Ainsi Hitler accède à la chancellerie d’Allemagne le 30 janvier 1933.
Lors de sa prise de fonction le 1er février, Hitler déclara sur la radio allemande que le gouvernement «prendra sous sa ferme protection le christianisme, qui est la base de toute notre morale, et la famille, qui est la cellule constitutive tant de l’être de notre peuple que de l’Etat».
Hitler fit de Von Papen son vice-chancelier.
Le 5 mars Hitler l'emportait par un plébiscite étendu à l'Allemagne tout entière, et le 23 mars, le Reehstag lui votait les pleins pouvoirs.
Après avoir inauguré le 2 janvier 1933 une «Année sainte» le pape Pie XI déclara le 13 mars : Nous avons la certitude que cette année sera surtout une année d'exaltation spirituelle pour tout le monde chrétien et pour toute l'humanité, qu'elle apportera en second lieu une amélioration, et peut-être, si Dieu le veut, une disparition complète des souffrances et des misères qui affligent encore si cruellement le monde. («Allocution Iterum Vos», Principes pour la Paix, p. 473)

Rapidement, et sans doute en remerciement du soutien de l'église, le 3ème Reich conclut un concordat avec le Vatican.
Von Papen y voit une grande victoire contre le bolchévisme ; Pie XI un accord « inattendu et inespéré» (M. Agostino).




 

 

20 juillet 1933, le Vatican. Le représentant du Reich Von Papen et le cardinal Pacelli (futur Pie XII) signent le concordat

 

Si le Zentrum disparaît, l'Église catholique est reconnue pour la première fois dans l'ensemble du Reich ; les associations, les œuvres de jeunesse, l'école confessionnelle se voient accorder des garanties ; les biens confisqués sont restitués.

Les catholiques allemands accueillent le concordat d'un œil plutôt favorable ; ainsi du cardinal Bertram, qui avait pourtant présidé la conférence de Fulda (1932) interdisant aux catholiques d'adhérer à la NSDAP.
De fait, le gouvernement nazi paraît un interlocuteur plus digne de confiance que la République de Weimar, accusée de tous les maux. Du côté des nazis, on se satisfait de la disparition du Zentrum.

Par ce concordat, et en raison des avantages que ce pacte lui accordait, le Vatican se désintéressait totalement du parti catholique du Zentrum allemand, parti dont le chef était l'ex-chancelier catholique H. Bruening. Le Vatican sanctionnait donc le fait de faire de l'Allemagne un pays de parti unique, autrement dit un «Etat totalitaire».
En plus de cette aide directe apportée à l'Etat dictatorial nazi, l'article 14 du concordat déclare: «... les nominations d'archevêques, d'évêques et toute autre nomination ne deviendront définitives que lorsque le représentant du Reich aura donné son accord pour ce qui est de savoir si ces nominations ne présentent pas d'inconvénients au point de vue politique générale». Le pape acceptait donc que le clergé catholique allemand devienne favorable au régime nazi et le soutienne.
Article 16 du même concordat : «Avant de commencer leurs fonctions diocésaines, les évêques prêteront, soit devant le chef du Reich, soit devant son représentant, le serment d'allégeance suivant : Devant Dieu et sur le saint Évangile, je jure et promets fidélité au Reich allemand et au pays de [siège de l'archevêché], ainsi qu'il sied d'un évêque. Je jure et promets de respecter le gouvernement constitutionnel et d'insister auprès de mon clergé dans le même sens. Je reconnais qu'il est de mon devoir de travailler dans l'exercice de mon ministère, au bien public et dans les intérêts de l'Etat allemand et de m'efforcer de détourner en toutes circonstances ce qui est susceptible de le menacer».
Le serment de fidélité de l'évêque allemand correspond presque mot pour mot à l'article 20 du concordat passé en 1929 entre le Vatican et l'Italie fasciste.

Comme il fallait s'y attendre, le 1er septembre 1935, on lut du haut de la chaire de toutes les églises d'Allemagne une lettre pastorale reconnaissant que «l'Église catholique a contribué pour une large part à l'orientation du peuple allemand vers l'obéissance et le respect au chef (Führer) de l'Etat». C'était la reconnaissance officielle du rôle qu'avait joué l'église catholique dans l'accession au pouvoir d'Hitler.
 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prêtres donnant le salut d’Hitler à des jeunes catholiques rassemblés

dans le stade de Berlin-Neukölln en août 1933

 

  

 

 




 

Cesare Orsenigo, Nonce apostolique en Allemagne, aux côtés d'Hitler

et Joachim von Ribbentrop, en janvier 1939



Le 12 mars 1939, Eugenio Pacelli (63 ans) succède à Pie XI sous le nom de Pie XII.
Diplomate par-dessus tout, issu d'une famille d'avocats attachés au Saint-Siège, le futur pape a été remarqué dès l'âge de 25 ans par un fonctionnaire de la secrétairerie d'État (le ministère des Affaires étrangères du Vatican).
Il est devenu nonce (ambassadeur du pape) en Bavière puis à Berlin en 1920, puis Secrétaire d'État en 1930.
Dans les années 1920, il prépare un Concordat entre le Vatican et l'Allemagne. Le texte n'est signé que le 20 juillet 1933, six mois après l'arrivée d’Hitler à la chancellerie !
Dès 1934, le pape Pie XI dénonce la fierté raciale et, dans une lettre à la jeunesse catholique allemande, il s'en prend à «cette nouvelle conception de vie s'éloignant du Christ et ramenant au paganisme».
En 1937, il dénonce l'idéologie de la race et le nazisme dans l'encyclique «Mit brennender Sorge» (avec un souci brûlant), écrite en collaboration avec son Secrétaire d'État Eugenio Pacelli.
Ce dernier est élu pape quelques mois avant la Seconde Guerre mondiale. Il met très vite une sourdine à la condamnation de l'idéologie hitlérienne dans la crainte que les nazis ne ripostent en persécutant les fidèles et le clergé allemands.

Au plus fort de la guerre, quand arrivent des informations sur l'extermination des Juifs, le pape, pas d’avantage que quiconque, n'est disposé à y croire. Certains responsables le pressent néanmoins de parler. L'appel vient enfin dans l'homélie de Noël 1942. Mais par un excès de prudence, Pie XII évite de nommer les Juifs et les nazis.

Pie XII a joui pendant son pontificat comme après sa mort (1958) d'une immense ferveur populaire. Chacun lui a été reconnaissant d'avoir porté le message de l'Église pendant le conflit et les représentants juifs n'étaient pas en reste.
Quelques années après sa mort, toutefois, une pièce de théâtre d'un dramaturge allemand intitulée «Le Vicaire» va remettre en question son action pendant la Seconde Guerre mondiale.