La mise en place de la dictature nazie

L'arrivée au pouvoir des Nazis en Allemagne amorça la fin du régime présidentiel quasi-démocratique vers lequel les dirigeants de la République de Weimar avaient glissé en réaction à la grave crise économique de 1929.


 

 

 

 

 

 

 

 

 


Affiches, réunions publiques et discours fleuve d'Adolf Hitler sont quelques-uns des moyens utilisés pour sa conquête du pouvoir. Lors de l'élection présidentielle allemande de mars 1932, le candidat Hitler a mis le maréchal Hindenburg en ballotage. Le parti nazi représente la première force politique du pays.





 

 

 

 

 

 

 

 

 


Dès sa nomination au poste de chancelier par le président Paul von Hindenburg, le 30 janvier 1933, Adolf Hitler commença à poser les fondements de l'Etat nazi. Guidés par des principes autoritaires et racistes, les Nazis supprimèrent les libertés individuelles et proclamèrent l'avènement d'une «Communauté du peuple» (Volksgemeinschaft) - une société organique qui, en théorie, transcenderait les différences de classe et de religion.
 



 

 

 

 

 

 

Hitler et le président von Hindenburg - 30 janvier 1933

 

Le 27 février 1933, le palais du Reichstag, qui abrite l'assemblée allemande, est mystérieusement incendié. Les nazis accusent les communistes et se servent de l'événement pour exiger du président Hindenburg une ordonnance décrétant l'état d'urgence et accordant les pleins pouvoirs au chancelier Hitler.



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le soir du 27 février 1933, à Berlin, la police est avertie d'un début d'incendie au Reichstag.
Cependant que le feu embrase l'immeuble du Parlement allemand, les policiers se saisissent d'un jeune illuminé, torse nu, errant dans le bâtiment.
On apprendra qu'il s'agit d'un maçon hollandais de la mouvance communiste et en apparence déséquilibré, Marinus van der Lubbe. Il sera considéré comme responsable de l'incendie et exécuté.
Dans les faits, le doute demeure.
Certains historiens pensent qu'un détachement de Sections d'Assaut (SA) nazies aurait emprunté un passage souterrain menant de la demeure de Hermann Goering, ministre de l'Intérieur du Land de Prusse, au Reichstag et y aurait répandu des produits hautement inflammables.
La présence de Van der Lubbe sur place au même moment, allumant de son côté de petits foyers d'incendie, n'aurait été qu'une coïncidence à moins que des agents nazis aient poussé le Hollandais à la faute.
Toujours est-il qu’Hitler va tirer habilement parti de la présence de ce pyromane sur les lieux du drame…
Sitôt après l'incendie, le nouveau chancelier du Reich révèle sa véritable nature. Dès le lendemain, le 28 février, il attribue l'incendie à un prétendu complot communiste et fait arrêter 4000 responsables du KPD, le parti communiste allemand. Le même jour, il fait signer par le Reichsprésident von Hindenburg un «décret pour la protection du peuple et de l'État» qui suspend les libertés fondamentales, donne des pouvoirs de police exceptionnels aux Régions (Länder) et met fin à la démocratie !
Un communiste bulgare, Georgi Dimitrov, est présenté comme la tête du complot. Il est jugé mais échappe à la mort... et deviendra plus tard le maître tout-puissant de son pays.

Le 23 mars 1933 est ouvert à Dachau près de Munich, le premier d'une longue série de camps de concentration. Il va recevoir les opposants politiques et les suspects. Les nazis peuvent dès lors mener une campagne électorale qui mêle terreur et propagande sans qu'aucun opposant ne soit en mesure de se faire entendre.

Le décret du 28 février 1933 adopté au lendemain de l’incendie du Reichstag, permettait la suspension de droits civils élémentaires - des droits que la constitution démocratique de la République de Weimar avait garantis. Le Troisième Reich devint un Etat policier dans lequel les Allemands ne bénéficiaient plus d’aucun droit fondamental, et les SS, la garde d'élite du régime, y gagnèrent une autorité accrue à travers leur contrôle de la police. Les adversaires politiques, et particulièrement les membres du Parti communiste et du Parti social-démocrate, ainsi que les Juifs, devinrent l'objet d'intimidations, de persécutions et furent soumis à une législation discriminatoire.

Au cours de ses deux premières années au poste de chancelier, Hitler poursuivit une politique délibérée de «mise au pas» (Gleichschaltung), par laquelle les partis politiques, les gouvernements des Etats (Länder) et les organisations culturelles et professionnelles se virent alignés sur les objectifs nouveaux. La culture, l'économie, l'éducation et la loi se retrouvèrent toutes sous le contrôle des Nazis.

Par le biais de la Loi sur la Fonction publique d'avril 1933, les autorités allemandes commencèrent à éliminer les Juifs de la fonction publique et des entreprises dépendant de l'Etat, de la justice et de la vie culturelle. Le gouvernement nazi supprima les syndicats. Les ouvriers, employés et employeurs furent enrôlés de force dans le Front allemand du Travail, qui avait à sa tête Robert Ley. Les Nazis tentèrent notamment de coordonner les cultes chrétiens et leurs mouvements de jeunesse respectifs, mais leurs efforts ne furent pas entièrement couronnés de succès.

Avec le vote de la Loi des pleins pouvoirs (Ermächtigungsgesetz), le 23 mars 1933, le Parlement allemand (le Reichstag) transférait le pouvoir législatif au cabinet d'Hitler et perdait ainsi sa raison d'être. Avant la mi-juillet, le Parti nazi se retrouvait le seul parti politique encore autorisé en Allemagne. Les autres partis furent proscrits par le gouvernement ou se virent acculés à l'autodissolution. Le Reichstag n’était plus qu’un parlement fantoche dans une dictature féroce.

La volonté du Führer devint le fondement même de toute la législation. En effet, le «principe du Führer» (Führerprinzip) en vint à guider toutes les facettes de la vie allemande. Selon ce principe, l’autorité – au sein du gouvernement, du parti, de l'économie, de la famille,... - procédait du sommet vers la base et devait être subie inconditionnellement.

A la mort d'Hindenburg, en août 1934, Hitler se fit nommer à la fois Führer et chancelier du Reich. Les membres des forces armées lui prêtaient un serment de fidélité. Alors qu’en tant que chancelier du Reich, le pouvoir personnel d’Hitler demeurait limité conformément aux lois de l'Etat allemand, en tant que Führer, il devenait illimité et sa volonté se trouvait confondue avec le destin de la nation allemande.