Naissance d'un Chef

En septembre 1919, Hitler s'engage dans le parti ouvrier allemand. Il y révèle sa forte personnalité et ses aptitudes de leader.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Dans l'Allemagne des années 1920, la lutte politique revêt des formes très violentes. Le pays est marqué par l'affrontement entre communistes et groupes extrémistes de droite.
Hitler et les autres dirigeants du NSDAP vont mettre à profit ce chaos (auquel ils contribuent) pour prendre le pouvoir. À sa sortie de prison, Hitler doit reprendre en main son parti, miné par les rivalités internes. Dans le nord de l'Allemagne s'est constituée une aile gauche sous la direction de Gregor Strasser. Lors de la réunion de Bamberg (Allemagne), le 14 février 1926, Hitler réussit cependant à restaurer son autorité. Usant de son charisme, il s'impose comme la seule figure capable d'assurer la survie et la cohésion d'un mouvement aux multiples tendances. C'est à partir de cette date que s'élabore le mythe du Führer, le « guide », fondé sur un rituel sophistiqué, l'usage du salut hitlérien et l'application du principe du chef (Führerprinzip), qui consiste en un respect absolu de la hiérarchie. En dépit de cette consolidation interne, le NSDAP subit de plein fouet le contrecoup de la stabilisation économique et sociale de la république de Weimar, sensible à partir de 1924.

Agitateur teigneux, il envoûte ses interlocuteurs et soulève l'enthousiasme des foules par ses discours, sans fioritures ni nuances.

Le 24 février 1920, il expose en public le programme en 25 points de son parti rebaptisé NSDAP (Parti National-Socialiste des Travailleurs Allemands), qui sera plus tard connu sous l'abréviation « nazi ».

Désigné comme le Führer (Guide) de son Parti, il promet à ses auditeurs de restaurer la fierté de l'Allemagne, prétendument mise à mal sous l'influence des Juifs cosmopolites et sans patrie, et de réviser l'humiliant traité de Versailles. Il n’est pas le seul à brasser ces idées et brisera ses nombreux concurrents les uns après les autres.

Extraits du programme en 25 points du parti national-socialiste (24 février 1920) :
1. Nous exigeons la constitution d'une Grande Allemagne, réunissant tous les Allemands sur la base du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
2. Nous exigeons [...] l'abrogation des traités de Versailles et de Saint-Germain.
3. Nous exigeons de la terre et des colonies pour nourrir notre peuple et résorber notre surpopulation.
4. Seuls les citoyens allemands bénéficient des droits civiques. Pour être citoyen, il faut être de sang allemand, la confession importe peu. Aucun juif ne peut donc être citoyen.
22. Nous exigeons [...] la création d'une armée nationale.
25. Pour mener tout cela à bien, nous demandons la création d'un pouvoir central puissant [...].

Comme son principal concurrent, le parti communiste, le parti nazi est nettement anticapitaliste et orienté à gauche, du côté de la classe ouvrière. Ainsi demande-t-il « la suppression des revenus obtenus sans travail et sans peine, et l'affranchissement de la servitude capitaliste ». Il met aussi en avant l'antisémitisme au nom de considérations morales et sociales : « Si nous sommes socialistes, nous devons automatiquement être antisémites car, autrement, il n'y a que matérialisme et culte du veau d'or, contre quoi nous nous dressons résolument » (discours d'août 1920 devant le NSDAP).

Hitler a ainsi l'habileté de présenter une alternative nationale et allemande au communisme d'inspiration russe et internationaliste, ce qui séduit beaucoup d'Allemands des classes populaires ou moyennes qui ne tiennent pas les Russes et autres étrangers en grande estime.

En juillet 1921 Hitler devient le responsable du parti ouvrier national socialiste allemand.
En août 1921, il dote son parti d'un corps franc paramilitaire, les SA (Section d'Assaut), surnommés les « Chemises brunes » en vertu de leur uniforme.
L'une des premières recrues du parti nazi est un capitaine de la Reischwehr, Ernst Röhm, qui met au service d’Hitler sa brutalité et son fanatisme. Il devient le chef de la milice du parti.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hitler à la sortie du meeting du 3 février 1921 au cirque Krone de Munich devant 6000 personnes


Le 11 janvier 1923, les troupes franco-belges occupent le bassin de la Ruhr, principale source de richesse du pays, pour obliger les Allemands à verser les réparations de guerre auxquelles le traité de Versailles les a condamnés.

L'année 1923, que les Allemands surnomment l’« année inhumaine » s'avère décisive pour Hitler.

L'Allemagne est sens dessus dessous à cause de grèves sans fin, d’une inflation sans précédent, et de soulèvements révolutionnaires. Il juge le contexte favorable pour s'approprier le pouvoir à l’instar de Mussolini en Italie l'année précédente. Mais comme il n'est pas question pour lui de s'en prendre au pouvoir national de Berlin, il s’attaque au gouvernement de l’État fédéral de Bavière.

Le 26 septembre 1923 à Berlin, le président de la République Ebert et le chancelier Streseman imposent l'état d'urgence.
Le financier Schacht donne un coup d'arrêt à l'inflation en créant une nouvelle monnaie, le Rentenmark.
La Bavière refuse la dictature de Berlin. Elle proclame le même jour son propre état d'urgence et se donne avec le commissaire d'État Gustav von Kahr, le général Otto von Lossow, commandant l'armée, et le colonel Hans von Seisser, chef de la police un triumvirat aux pouvoirs dictatoriaux.
La menace du séparatisme bavarois plane sur le pays. C'est le moment que choisit Hitler pour tenter de se saisir du pouvoir à Munich.