Ella SHIBER - LIEBERMANN

Ella Shiber (née Liebermann) est né à Berlin en 1927 dans une famille aisée. Son père, Yehoshua, était un marchand de fourrure, et sa mère, Rosa, originaire de Pologne (Bendzin), était une sage-femme. En plus de Ella, la fratrie était composée de trois autres enfants : Bertha (née en 1919), Alexandre (né en 1922) et Leo, le plus jeune (né en 1929).
En 1938, la famille est forcée de quitter l'Allemagne en raison de l'origine polonaise de sa mère. Ils s’installent à Bendzin, où la famille de sa mère a vécu.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la famille élargie est déplacée dans le ghetto local. En août 1943, au cours d’une rafle, la famille (les parents, Ella et son frère Leo) se cache dans un trou creusé sous la poubelle à côté de leur maison (Bertha et Alexander avaient déjà été envoyés dans des camps de travail en Allemagne). Leur nourriture était fournie par Leo, treize ans, qui pouvait se faufiler de la maison la nuit, et aussi par un Polonais, le concierge de l'immeuble, qui a risqué sa vie en les approvisionnant de produits essentiels dans leur cachette. Un jour, un officier SS a demandé au concierge ce qu'il faisait à côté de la cachette ; refusant de répondre, et donc de dénoncer la famille, il fut battu à mort. A la lumière de cet acte, le père comprend que la cachette n'est plus sûre, et il décide qu’ils vivraient dans le ghetto comme les autres. En décembre 1943, les parents, Ella et son frère sont déportés sur le dernier convoi vers Auschwitz.
Arrivés dans le camp de concentration, les femmes sont séparées des hommes, et ces derniers immédiatement envoyés vers les fours crématoires, tandis que Ella âgée de seize ans et sa mère âgée de quarante-deux ans, sont sélectionnées pour travailler dans l'usine de munitions. Elles y passeront de très longues journées dans des conditions épouvantables, mal nourries et sans aucune hygiène.
Un des officiers SS du camp apprend qu’Ella est une artiste, et lui demande de peindre l’image d’un de ses parents qui avait été tué sur le front, sur la base d’une photographie. Il lui fournit le matériel de dessin, ainsi que de la nourriture pour elle et sa mère. L'officier SS lui ordonne de répondre aux demandes de ses camarades, à savoir dessiner les portraits de leurs proches. Grace à ces dessins, la mère n'a pas été transférée ailleurs, et elles sont restées ensemble pendant le temps de leur déportation. En Janvier 1945, les troupes soviétiques approchent du camp d'Auschwitz. Ella et sa mère sont envoyées vers l’Allemagne par une marche de la mort. Elles sont internées dans le camp de Neustadt, un sous-camp de Ravensbruck, d’où elles ont été libérées le 2 mai 1945.
Elles décident de retourner en Pologne à la recherche de leur famille. Elles arrivent ainsi à Bydgoszcz-Bromberg, où Ella rencontre l'homme qui allait devenir son mari, Emanuel Shiber, un officier juif de l'armée polonaise qui était en poste dans la région et avait entendu dire que des survivants juifs des camps arrivaient. Ella et Emanuel se marient le 2 Février 1946 et le 23 mai 1946, avec sa mère, ils quittent la Pologne grâce à l’aide d’une organisation d’aide aux Juifs et atteignent un camp de personnes déplacées près de Munich d'où ils espéraient émigrer vers Israël.
Le navire sur lequel ils naviguent, le Ben Hecht, (du nom d'un écrivain juif scénariste d'Hollywood) est capturé sur les rives d'Israël par les Britanniques le 12 Mars 1947, et ses six cents passagers sont enfermés dans un camp à Chypre. Pendant leur détention à Chypre, Emanuel Shiber, dans le cadre de l' Irgoun Zevai Leumi (Organisation militaire nationale), donne des cours de formation militaire et prépare un livre d'instruction qui contient des dessins d'armes, de leurs pièces, et comment les utiliser, qui a été illustré par l'artiste.
A Chypre, Ella Liebermann-Shiber prend part aux activités artistiques organisées par l'artiste Naftali Bezem. Les participants à ce groupe ont publié un album, « Be Gerush Kafrisin », contenant 26 gravures illustrant la vie quotidienne dans le camp.
Après 13 mois d'internement, les Shiber sont libérés; en avril 1948. La famille, avec Ella Liebermann-Shiber dans un état avancé de la grossesse de sa fille Ada, atteint Haïfa où elle s’installe.
Ella Liebermann-Shiber a étudié la peinture et l'art à l'Université de Haïfa et a enseigné la peinture.
Plusieurs années après sa libération des camps en Pologne et en Allemagne, elle commence à produire des croquis et des descriptions illustrant la vie et la mort dans ces camps, elle y dépeint les atrocités quotidiennes pendant la guerre. Le travail a été commencé à l'initiative de son mari, qui pense que l'expression artistique allait l'aider à se libérer des traumatismes qu'elle a vécus. La série a été achevée à Haïfa en 1948 et forme une série de 93 œuvres d'art qu'elle a intitulé « Sur le bord de l'abîme » (titre hébreu : Chayyim 'al Kav ha-Ketz) qui a été présenté la première fois dans une salle de cinéma de Haïfa en 1950. Deux ans plus tard, les dessins sont exposés au « Ghetto Fighters’ House museum » en Galilée, à qui elle a fait don de sa collection. Plus tard, les dessins, accompagnés d'explications de l'artiste, ont été publiés dans plusieurs éditions en hébreu, anglais et allemand, et une version chinoise est actuellement en préparation.
Ella Liebermann-Shiber est décédée à Haïfa en 1998 suite à une grave maladie.

Dessins et textes de Ella Shiber-Liebermann

Un livre en français, a été publié par le Collectif Histoire et Mémoire.
Il contient les 93 dessins ainsi que les commentaires originaux d’Ella Libermann-Shiber.
Une partie pédagogique d’une cinquantaine de pages, est consacrée à des « repères pour l’enseignement de la Shoah ».

Ce livre peut être commandé auprès de :

Collectif Histoire et Mémoire
27 rue de Grézan
30 000 NÎMES
Renseignements par mail : histoirememoire@hotmail.fr