Léo Haas est né en 1901 à Opava (Troppau en allemand), en Tchécoslovaquie de parents d'origine slovaque. Il était l'aîné de quatre enfants. Ses talents artistiques ont été décelés et encouragés à un âge précoce.

Il étudie le piano et le chant, en plus de la peinture. Son professeur d’art, lui préconise de persévérer dans ce domaine. Pour ce faire, Haas s'installe à Karlsruhe en Allemagne, où il suit les cours de l'académie d'art. Sa première année d'études est financée par une bourse ; mais lorsque sa bourse arrive à échéance, pour gagner sa vie Haas travaille en tant que musicien dans les bars et les restaurants. Il produit des peintures et des lithographies illustrant les scènes de sa vie à ce moment-là.

En 1921, Haas s'installe à Berlin où il continue ses études à l'école des arts décoratifs. Il étudie avec Emil Orlik, qui fait de lui son assistant.
Comme par le passé, Haas continue à gagner sa vie en jouant dans les cafés, et de la vente de ses œuvres, principalement des miniatures à l'aquarelle.
En 1922, il travaille comme assistant dans un studio de conception graphique, et c’est à partir de là que sa principale source de revenu devient la peinture.

Haas a été considérée comme appartenant au courant expressionniste qui comprenait des artistes comme Max Liebermann et Kathe Kollwitz. Il a été inspiré par des artistes comme Goya et Toulouse-Lautrec.
En 1923, il voyage en France. D'abord à Paris, puis Albi, ville natale de Toulouse-Lautrec, où il étudie les œuvres de l'artiste au le musée local. De là, il s'installe à Arles, sur les pas de Van Gogh. Son dernier arrêt avant de rentrer à Opava est Marseille.
En 1924, Haas tente sa chance en tant que caricaturiste de journal à Vienne.
En 1926, il retourne à Opava, travaillant dans la publicité et en tant que metteur en scène d’une troupe de théâtre.
En 1929, il épouse Sophie Hermann. Il devient un portraitiste célèbre à Opava, et gagne suffisamment d'argent pour subvenir aux besoins de sa famille, et même aider ses parents. Haas, qui avait acquis la réputation d'être un artiste polyvalent, travaille pour le compte de la coopération artistique tchèque/allemande au sein de l'Association des artistes allemands.
En 1935, lorsque le parti national-socialiste arrive au pouvoir, Haas abandonne son activité avec cette association et devient le directeur d'une petite maison d'édition.

Le premier pogrom à Opava a lieu en 1937. Des œuvres de Haas sont désignées comme appartenant à «l’art dégénéré», et il est accusé de «bolchevisme culturel» en raison des caricatures qu'il avait publiées. Après la Nuit de Cristal, en Novembre 1938, lui et sa femme vont vivre chez ses parents à Ostrava.
Le 15 Mars 1939, la Moravie et la Bohême sont occupées par les nazis, et les lois raciales de Nuremberg et d'autres lois anti-juives sont mises en œuvre. En conséquence, les Juifs perdent leur emploi et leurs biens.

En Octobre 1939, après le déclenchement de la guerre avec la Pologne, des milliers d’hommes juifs autrichiens âgés de 16 à 60 ans sont envoyés à Nisko près de Lublin, où ils sont triés selon leurs professions et sont employés à construire des barricades en bois et des clôtures autour du camp. A Nisko, Haas est employé comme conducteur de chariot apportant de la nourriture et des matériaux de construction de Lublin, et aussi comme apprenti tailleur et cordonnier.
A Nisko, Haas peint des portraits de soldats et de SS, ce qui lui vaut de meilleures conditions de vie. Il est autorisé à se déplacer librement autour du camp, ce qui lui permet de dessiner : les chantiers de construction, des portraits de ses camarades, les transports arrivants et partants, et la vie générale du camp.
Plus d'une centaine d'œuvres de cette période ont survécu et elles fournissent une documentation importante sur ce camp de concentration polonais.

Quand le camp a été démantelé, la plupart des internés ont fui de l'autre côté de la rivière Saan qui était contrôlée par l'armée russe. Haas retourne à Ostrava où il se sépare de sa femme Sophie qui voulait fuir encore plus loin. Haas refuse d'abandonner son père et sa sœur. Il travaille au nettoyage et à la rénovation des égouts,(travail pénible physiquement), organisé par la communauté juive. C’est là, qu’il rencontra Erna Davidovitc, qui allait devenir sa deuxième femme. Sa famille contribue au sauvetage d'habitants en Pologne, une activité où Haas prend une part importante après la mort de son père en 1941.
Haas est arrêté par la Gestapo en août 1942. Il est libéré de la prison d’Ostrava grâce à l’intervention de la communauté juive. Mais cette libération est accordée à condition qu'il soit inclus dans le prochain transport vers Terezin, à la fin septembre 1942.

Le 1er Octobre 1942, Haas et sa famille élargie (sa femme, ses parents et sa sœur, Elvina) arrivent à Terezin, où ils sont séparés.
Comme pour tous les déportés, cette période de vie à Terezin est des plus pénibles.
Le nombre des internés atteint 60000, y compris des milliers de personnes âgées. La surpopulation rend la vie très difficile : la nourriture manque, les conditions sanitaires et d'hygiène sont déplorables; sans parler des maladies contagieuses, qui en quelques mois déciment plus de 15000 personnes.

Au début, Haas est mis avec le groupe de prisonniers qui transportent des matériaux de construction pour les voies ferrées. Grâce à Yakov Edelstein, dont Haas avait fait un portrait, Haas est transféré à la Zeichenstube (département technique graphique) du camp. Le travail du département, entre autres, est d'organiser la construction de la ligne de chemin de fer qui traverse le camp. Plusieurs autres artistes célèbres travaillent dans le Zeichenstube, dont Otto Ungar, Ferdinand Bloch et Bedrich Fritta.
Fritta qui dirige l'équipe devient un ami proche de Haas.

Haas dessine les portraits de ses collègues. Il donne également des cours de peinture aux enfants du ghetto. Pour ses services, il perçoit un peu de nourriture, qu’il utilise pour préparer des repas originaux qui sont devenus célèbres parmi ses proches.
Le travail dans le département graphique permet à ses employés de visiter d'autres parties du ghetto. Haas en profite pour faire de fréquentes visites à sa femme, qui vit dans une autre section. Il profite également de l'occasion, comme ses collègues, pour faire des dessins documentant la vie du ghetto. Il fait ceci en secret dans un grenier, caché parmi des centaines de prisonniers dans le cas où les SS découvriraient cette activité interdite. Il peint de nombreux sujets : la recherche de nourriture, les gens en attente d'être déportés, le transfert des internés d'un lieu d'habitation à l'autre, les bâtiments, les portraits de détenus, des croquis des personnes âgées, les malades, les mourants et les morts.
Haas, Fritta et Ungar se rencontrent souvent la nuit pour travailler sur leurs dessins. Collectivement, ils ont créé un grand nombre d’œuvres illustrant tous les aspects de la vie dans Terezin.

Le 23 Juin 1944, une délégation de la Croix-Rouge visite Terezin afin de voir les conditions de vie dans le ghetto. Avertis à l’avance, les nazis lancent un programme d'«embellissement», et de camouflage : Les rues reçoivent des noms; des jardins sont préparés avec des pelouses bien entretenues ; un jardin d'enfants est mis en place ; et 7500 personnes âgées et malades sont transportées du camp vers leur dernier voyage, afin que Terezin pourrait ressemble à un endroit "sain". Les personnels du service technique sont recrutés pour cette campagne, ils font de fausses façades de magasins qui ne seront pas utilisées après la visite, et ils embellissent et décorent le ghetto selon les instructions des nazis.
Pour éviter que la vérité ne soit révélée, les nazis cherchent les œuvres des membres artistes du personnel du département technique, pour les détruire. Mais ceux-ci ont trouvé des cachettes pour leurs productions. Fritta enterre son travail dans le sol à l'intérieur d'une boîte en métal ; Ungar cache ses peintures derrière un faux mur ; et Haas les cache dans un grenier. Les nazis ont aussi cherché auprès du marchand d'art, Leo Strauss. Strauss avait utilisé ses relations (des aryens) de la police tchèque du ghetto pour faire passer le travail des artistes à l'extérieur des frontières du Reich (probablement en Suisse). Il l'avait fait dans l'espoir que cela pourrait réveiller l'opinion publique, ou du moins témoigner de ce qui se passait réellement, même si les artistes eux-mêmes risquaient de ne pas survivre.
Quelques jours avant cette visite, les artistes ont été avertis par un collègue du département technique, un membre de l’Altestenrat (Conseil des Anciens), qu'ils seraient convoqués pour interrogatoire le lendemain.
Ungar, Fritta, Haas et Bloch sont amenés dans le bâtiment administratif où ils sont interrogés par Adolf Eichmann.
Eichmann est déterminé à découvrir qui, parmi eux avait créé des œuvres sorties de Terezin, et qui étaient leurs contacts avec le monde extérieur.
Les artistes sont enfermés dans une cellule souterraine où ils retrouvent le marchand d'art, qui avait été emprisonné quelques jours plus tôt. Ils gardent le silence et, après un interrogatoire difficile, sont envoyés à la prison de la Gestapo qui était dans la "Petite Forteresse" de Terezin. Les familles des artistes sont également envoyées dans la forteresse, leurs épouses bien sûr, mais aussi Susanna la fille d'Ungar âgée de cinq ans, et Thomas le fils de Fritta âgé de trois ans.
Haas est emprisonné pendant trois mois et demi. Pendant ce temps, lui et les autres artistes sont employés à la construction des lignes de chemin de fer et à d’autres travaux physiquement épuisants. Beaucoup de personnes sont mortes au cours de ces travaux, et Haas est grièvement blessé à la jambe. Il est opéré par le Dr Pavel Wroclaw, en utilisant des moyens improvisés. Haas récupère, grâce à la personne en charge des prisonniers tchèques, qui le soigne et lui apporte de la nourriture supplémentaire. Cet homme, cache Haas dans sa cellule. Mais Haas est découvert et mis à l'isolement pendant huit jours sans nourriture.

Le 25 Octobre 1944 Haas et Fritta sont appelés dans les bureaux du siège principal, où ils sont accusés d'avoir distribué de la propagande et propagé des atrocités dans des pays étrangers. En conséquence, les deux artistes sont envoyés à Dresde pour subir un interrogatoire supplémentaire, puis à Auschwitz.
Haas arrive à Auschwitz le 28 Octobre et se retrouve classé comme prisonnier politique avec le matricule 199885.
Fritta arrive également dans le camp de concentration ; il tombe gravement malade de dysenterie, et malgré les soins prodigués par le Dr Wroclaw qui est aussi prisonnier dans le camp, il meurt d’un empoisonnement du sang huit jours plus tard.

Le talent artistique de Haas est connu à Auschwitz. On lui donne un poste administratif dans le bloc 24 où il produit des croquis de Dr Mengele.
En novembre 1944, Haas et d'autres artistes ainsi qu’un certain nombre de chimistes Belges, sont transférés à Sachsenhausen, camp où Haas reçoit un nouveau matricule : 118029. Après quelques jours, le groupe est envoyé dans les blocs 18 et 19, qui sont séparés du reste du camp par une clôture de barbelés électrifiés. Là, ils apprennent leur mission : ils rejoignent le «groupe de la contrefaçon» qui travaille depuis deux ans à la production de fausse monnaie britannique, documents et timbres. Le groupe Haas doit produire de l'argent américain de contrefaçon.

A la fin février 1945, les membres du groupe reçoivent l'ordre de charger leur matériel sur un wagon de chemin de fer et, avec d'autres prisonniers, sont transférés à Mauthausen via Dresde et Prague. Dans ce camp, ils sont enfermés dans le tristement célèbre bloc 20. Trois semaines avant leur arrivée, 700 Russes y avaient été assassinés. Les membres du groupe craignent maintenant pour leur vie. La contrefaçon est arrêtée, et leurs produits contrefaits sont entre les mains des SS.
Le 5 mai 1945, les détenus sont transférés au camp d'Ebensee, où ils sont libérés le lendemain par les forces alliées.

Après sa libération Haas revient à Terezin, et là, dans la caserne de Magdebourg, il retrouve sa collection d'art en entier, ainsi que de nombreuses œuvres produites par Fritta.
Haas apprend que la plupart de ses amis et sa famille avaient péri : Ungar avait été transporté à Auschwitz et a péri en mars à Buchenwald ; Bloch avait été battu à mort dans la petite forteresse en octobre 1944 ; Johanna, la femme de Fritta était morte dans Terezin en février 1945. Frida Ungar et sa fille avaient survécu, tout comme Thomas Fritta. L'épouse de Haas Erna avait également survécu, mais était en très mauvaise santé. Le couple a adopté Thomas Fritta et ils se sont installés à Prague. Erna est morte en 1955 et Haas a déménagé à Berlin-Est, où il s'est marié pour la troisième fois. Il a travaillé en tant que rédacteur en chef pour le journal Eulenspiegel, ainsi que pour le cinéma et la télévision Est-allemande.

Il expose ses œuvres en Allemagne de l'Est, puis en France, Italie, Autriche, Israël, la Chine et les États-Unis.

En 1981, Haas organise une exposition dans sa ville natale, Klatovy, où il est nommé citoyen d'honneur lors de son 80e anniversaire.

Léo Haas est décédé en 1983.

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