Charlotte Salomon

 

 

 

 

 

 

 

 

Charlotte Salomon est née à Berlin le 16 avril 1917. Elle est la fille unique d’Albert Salomon (médecin) et de Franziska née Grunwald.
Sa mère se suicide alors que Charlotte a neuf ans.
Quatre ans plus tard, son père se remarie avec Paula Lindberg alias Lévy, cantatrice, qui avait changé de nom pour pouvoir entrer au conservatoire.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lorsqu’Hitler accède au pouvoir en 1933, la situation des juifs s'aggrave. Charlotte ne veut plus aller au lycée où les attaques antisémites se multiplient.
Admise à l'Académie des Beaux-arts de Berlin, elle y obtient un prix qui sera plus tard révoqué pour raisons raciales.
 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 1939, Charlotte a vingt ans, son père l'envoie en France, à Villefranche-sur-Mer, rejoindre ses grands-parents maternels, les Grunwald, qui sont hébergés depuis plusieurs années par Mme Ottilie Moore, une américaine d'origine allemande, et qui a déjà recueilli plusieurs enfants dans sa villa l'Ermitage. Charlotte Salomon fait alors partie des nombreux juifs allemands qui pensent trouver en France une terre d'asile contre les persécutions nazies.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Un an plus tard, en 1940, la grand-mère de Charlotte décède. Son grand-père quitte Villefranche pour s'installer à Nice. Charlotte elle, reste à Villefranche-sur-Mer où elle commence un journal pictural.
Elle peint des centaines de gouaches aux couleurs vives, à travers lesquelles elle tente de donner un sens à sa vie, à une époque où la sienne et celles des juifs en manque cruellement.
L'année suivante, les restrictions se durcissent. Ottile Moore décide de repartir aux États-Unis, en amenant avec elle dix des enfants qu'elle avait adoptés. Charlotte reste dans la maison de Villefranche en compagnie d'Alexander Nagler, un réfugié juif autrichien muni de faux papiers, qui tente tant bien que mal de pourvoir à leurs besoins.



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ottilie Moore (au centre) avec des enfants qu’elle a sauvés,  New York, 1943-1944.


De novembre 1942 à septembre 1943, Nice est occupée par les Italiens et la vie y est un peu moins difficile pour les juifs que dans le reste de la France. Lorsque les Allemands occupent à leur tour la ville, les persécutions s'aggravent et les arrestations se multiplient. Très affaibli, le grand-père de Charlotte décède à Nice où il est enterré en février 1943. Alexander et Charlotte continuent à vivre à l'Ermitage, en vase clos et deviennent très dépendants l'un de l'autre. Ils se marient le 20 mai 1943 à la mairie de Nice. Alexander est contraint d'y déposer ses faux papiers d'identité. Ils se savent dès lors recherchés par la police et se cachent à Nice. Malgré le danger, ils retournent parfois à l'Ermitage, ce qui causera leur perte.



 

 

 

 

 

 

 

 


Le 21 septembre 1943, à sept heures du soir, des voisins entendent leurs cris avant qu'ils ne soient emmenés dans un camion de la Gestapo. Charlotte et Alexander Nagler sont inscrits sur la liste du convoi n° 60 du 7 octobre 1943 pour Auschwitz. Ils ne reviendront pas.

Charlotte Salomon est assassinée à Auschwitz le 10 octobre 1943. Alexander Nagler trois mois plus tard, le 1er janvier 1944.

A Villefranche-sur-Mer, Charlotte Salomon avait confié à un ami médecin l'ensemble de ses œuvres constitué de plus de mille trois cents feuillets, dont sept cent cinquante gouaches. La guerre terminée, son père et sa belle-mère les récupèrent. Ils les gardèrent pendant près de dix ans dans des cartons avant de les confier au Musée d'Amsterdam qui en fit don au musée juif de la ville.

Les œuvres de Charlotte Salomon sont exposées pour la première fois à Amsterdam en 1961.
L'année suivante, elles sont présentées dans des musées israéliens de Tel Aviv et de Ein Harod.
En 1963, le critique d'art new-yorkais Paul Tillich lui consacre un premier ouvrage, Charlotte Salomon, a Diary in pictures. Ses dessins et ses gouaches sont ensuite exposés en Allemagne et aux États-Unis.
Il faut attendre 1992 pour que la France, où elle avait réalisé la majeure partie de son œuvre, l'honore à son tour. Du 23 septembre 1992 au 3 janvier 1993, à Paris, le Musée National d'Art Moderne du centre Georges Pompidou présente une sélection de deux cents gouaches de Charlotte Salomon. Son passé en Allemagne et son séjour en France y sont représentés : le mariage de ses parents, ses jeux de petite fille et ses anniversaires à Berlin, l'entrée des nazis dans son école, l'arrestation de son père, elle-même en train de peindre devant la Méditerranée avec la légende : "Je ne peux supporter cette vie, je ne peux supporter cette époque". L'année de cette exposition, le cinéaste suisse Richard Dindo lui consacre un très beau documentaire, Charlotte, vie ou théâtre.

On a parfois comparé le journal pictural de Charlotte Salomon au Journal d'Anne Frank, morte elle aussi en déportation. Les écrits d'Anne Frank sont ceux d'une adolescente, alors que l'œuvre de Charlotte Salomon est celle d'une jeune femme qui avait vingt-trois ans lorsqu'elle commença son autobiographie picturale. C'est aussi le travail d'une artiste confirmée, formée à l'Académie des Beaux-arts de Berlin. Pour tenter de survivre à l'horreur, elle avait expérimenté un art total en insérant dans ses peintures des textes et des notations musicales. Le Journal d'Anne Frank a été traduit dans le monde entier ; il est regrettable que l'œuvre peinte de Charlotte Salomon reste encore confidentielle en France.

Voir des œuvres de Charlotte Salomon