Irena Sendler

 

 

 

Irena Krzyzanowska est née le 15 février 1910.
Fille unique, elle a passé sa petite enfance à Otwock, Pologne.

Son père, un médecin socialiste, habitant dans une banlieue ouvrière de Varsovie aidait les plus défavorisés. Il est décédé du typhus alors qu’Irena avait sept ans.

 


Irena fait des études à l'Université de Varsovie d’où elle a été exclue pour avoir omis de se conformer aux lois ségrégationnistes concernant les juifs. Elle y a été de nouveau admise un an plus tard.
Devenue assistante sociale et épouse, Irena Sendler (ou Sendlerowa en polonais) se consacra pendant la Seconde Guerre mondiale à aider les enfants juifs sous l’Occupation allemande.

Le 30 septembre 1939, Varsovie fut envahie par l’armée allemande et Adolf Hitler parada même dans les rues de Varsovie dès le 5 octobre 1939.
Les nazis rassemblèrent les Juifs dans des quartiers fermés dans les principales villes polonaises : Varsovie, Lublin, Cracovie, Lodz... Le Ghetto de Varsovie comptait lors de sa création, le 12 octobre 1940, environ 380000 Juifs sur les 1,3 million d’habitants de la ville.

Quand l'Allemagne envahit le pays, elle est infirmière au Département du Bien-être social de Varsovie, qui gère les cantines communautaires de la ville.
Là, elle travaille sans relâche pour soulager les souffrances de milliers de personnes, aussi bien juives que catholiques. Grâce à elle, les cantines fournissent non seulement de la nourriture aux orphelins, aux personnes âgées et aux pauvres, mais aussi des vêtements, des médicaments et de l'argent.
Pour éviter les inspections, elle enregistre les personnes sous de faux noms catholiques et déclare la maladie de ses patients très contagieuse, comme le typhus ou la tuberculose.

Dès octobre 1940, elle travailla non seulement dans le cadre légal du service d’aide sociale de la municipalité de Varsovie, qui lui permettait d’entrer et de ressortir du ghetto de Varsovie, mais également clandestinement pour venir en aide aux enfants juifs, en leur fournissant des vivres, des vêtements et, aussi, des médicaments et des vaccins contre le typhus et la tuberculose notamment. Elle avait obtenu l’autorisation de se rendre au ghetto habillée en nourrice.
Irène organisa et dirigea un groupe de 20 personnes qui se consacra à sauver des enfants de la mort dans ce quartier de la capitale polonaise sous l'occupation nazie. Comme elle l'expliqua plus tard, elle put mener à bien cette œuvre grâce à l'aide de religieuses polonaises.
Irène s'unit alors au Conseil pour l'Aide aux juifs, organisé par la résistance polonaise. Elle réussit à obtenir un laissez-passer du Département du Contrôle épidémiologique de Varsovie afin de pouvoir entrer légalement dans le ghetto

Elle risqua de cette manière sa vie, et renonça par exemple à rendre visite à sa mère mourante et à assister à l’enterrement de celle-ci. Son pseudonyme pour ses activités clandestines était Jolanta.

Dans le ghetto de Varsovie, 5000 personnes par mois mouraient de maladie et de malnutrition.

Le gouvernement polonais en exil à Londres se chargeait d’envoyer des fonds et, en décembre 1942, créa «Zegota», un mouvement clandestin d’aide aux Juifs dont fit partie Irena.
Ce réseau sauva 75000 Juifs polonais entre 1942 et 1945, et délivra plus de 60000 fausses identités.
Tout un système de faux papiers, avec faux actes de naissance, de baptême et fausses filiations se mit en place pour replacer les enfants dans des familles chrétiennes ou dans des institutions chrétiennes.
Irena expliquera elle-même : «J’ai placé la plupart des enfants dans des établissements religieux. (…) Je savais que je pouvais compter sur les sœurs»).

Les premières rafles des nazis commencèrent et eurent lieu du 22 juillet 1942 au 12 septembre 1942 par la déportation massive des Juifs vers le camp de la mort de Treblinka, à 80 km de Varsovie (5 à 6000 personnes par jour).
A l’automne 1942 la population du ghetto ne comptait plus que 70000 personnes.

Il fallait séparer les enfants des parents pour les sauver.
Pour les soustraire aux rafles, Irena s’acharna à prendre et à isoler les enfants juifs de leurs familles d’origine pour les sauver.
Elle avait grand mal à convaincre les parents ou grands-parents de les laisser partir, la séparation d’un enfant étant l’une des pires choses qui peut survenir à un parent.
Irena, jeune mère, le savait bien et c’était pour elle une horrible tâche.
Irena Sendler témoigna ainsi : «Nous avons assisté à des scènes terribles. Le père était d’accord, mais la mère non. Quelquefois, nous devions quitter ces familles malchanceuses sans prendre leurs enfants. Je revenais le lendemain et, souvent, je m’apercevais que tout le monde avait pris le train à Umschlagsplatz qui les avait acheminés aux camps d’extermination», ajoutant encore : «Dans mes rêves, j’entends encore les cris des enfants quand ils quittèrent leurs parents».

Pour passer les enfants, elle inventa toutes sortes de système : elle commence par faire sortir les enfants en ambulance, comme victimes du typhus ; par la suite elle utilise des seaux d'ordures, des boites à outils, des emballages pour marchandises, des sacs de pommes de terre. Pour les plus grands, elle passe par les égouts, et utilise une église à deux entrées, une dans la partie juive et l’autre dans la partie chrétienne de la capitale polonaise.

Il n'était pas non plus facile de trouver une famille qui accepte d'accueillir les enfants juifs....
Le sauvetage d'un enfant nécessitait la coopération d'au moins 10 personnes. Les enfants étaient transportés d'abord dans une unité de service humanitaire et ensuite dans un lieu sûr. On cherchait ensuite un logement dans des maisons, des orphelinats et des couvents. « J'ai envoyé la plus grande partie des enfants dans des structures religieuses », rappelait-elle. « Je savais que je pouvais compter sur les religieuses ».
Elle avait réussi à recruter suffisamment de personnes pour recueillir les enfants juifs dans les institutions sociales de la municipalité et les faire assimiler à des enfants catholiques.

Pour ne pas oublier les identités de ces enfants, Irena inscrivit minutieusement tous les vrais noms associés à leurs fausses identités dans le but de leur rendre leur passé après la guerre.
Irène gardait l'unique registre de la véritable identité des enfants dans des bocaux enterrés sous un pommier dans le jardin d'un voisin, face à une caserne des Allemands. Au total, les bocaux, qu’elle retrouva après la guerre, contenaient les noms de 2500 enfants.

Une seconde vague de déportations commença le 18 juin 1943, mais fut combattue avec héroïsme par la résistance des Juifs.
Le ghetto de Varsovie fut cependant «liquidé» le 16 mai 1943, après le soulèvement le 19 avril 1943 de 3000 Juifs dont seulement 600 étaient armés.
Ceux qui n’avaient pas été tués dans les combats, exécutés sur place (7000 personnes) ou brûlés dans les incendies du ghetto (6000 personnes), se suicidèrent ou furent exterminés à Treblinka.

Le 20 octobre 1943, Irena Sendlerowa fut arrêtée par la Gestapo, puis emprisonnée, torturée et condamnée à mort. Elle parvint à ne trahir aucun complice de son réseau et réussit même à s’évader en soudoyant les gardiens de sa prison.

Le 20 octobre 1943, Irena fut arrêtée par la gestapo. Elle était la seule à connaître les noms et les adresses des familles qui accueillaient les enfants juifs. Elle supporta la torture pour ne pas les trahir. On lui brisa les pieds et les jambes, mais personne ne réussit à briser sa volonté.
Elle passa trois mois dans la prison de Pawiak, ou elle fut condamnée à mort.
Alors qu'elle attendait son exécution, un soldat allemand l'amena pour un nouvel interrogatoire. En sortant il lui cria : «Cours !».
Le jour suivant, elle lut son nom sur la liste des Polonais exécutés.
Irène poursuivit alors son travail sous une fausse identité.

Jusqu’à la libération de Varsovie, elle s’occupa des enfants qu’elle avait sauvés en leur rendant visite régulièrement.

A la fin de la guerre, elle déterra les bocaux et utilisa les annotations pour retrouver les 2500 enfants confiés aux familles. Elle essaya d’organiser la rencontre avec leurs parents répartis dans toute l'Europe ; mais la plupart d'entre eux avaient perdu leurs familles dans les camps de concentration nazis.
Les enfants connaissaient Irène uniquement sous le nom de Jolanta. Des années plus tard, quand sa photo fut publiée sur un journal, après qu'elle eut reçu un prix pour ses actions humanitaires pendant la guerre, un nombre important de personnes qui avaient été sauvées grâce à elle la reconnurent.


Après la guerre, Irène Sendler travailla dans le domaine social, aidant à la construction de maisons pour les personnes défavorisées, d'orphelinats, et coopérant à un service d'assistance pour les enfants.


En 1958, Irena reçut la médaille du ministère polonais de la Santé pour son action sociale.

En 1965, elle fut nommée «Justes parmi les nations», par Yad Vashem à Jérusalem. Mais elle n’a pu se rendre en Israël qu’en 1983, les autorités polonaises communistes lui ayant refusé tout voyage.

 

 

 

 

Le grand rabbin
Yona Metzger
d'Israël, remercie personnellement
Mme Sendler

 

 

 

En 1991, Irena fut nommée citoyenne d’honneur d’Israël.

Ce n’est que le 10 novembre 2003, que l’État polonais honora cette femme exceptionnelle en lui remettant l’Ordre de l’Aigle blanc (Order Orla Bialego) qui est la plus haute distinction civile en Pologne.

Dernière survivante de son réseau clandestin, Irena accepta de rencontrer des jeunes pendant ses dernières années, malgré la faiblesse de son état de santé qui l’obligeait à rester dans un fauteuil roulant.

Le 14 mars 2007, lors de la séance du Sénat polonais reconnut à Irena Sendler la qualité d’héroïne nationale. En son absence (trop faible pour se déplacer), le président de la Pologne, Lech Kaczynski, dit d’Irina : «Elle mérite un grand respect de la part de la nation tout entière».

Par ailleurs, Lech Kaczynski préconisa la candidature de la résistante pour l’attribution du prix Nobel de la paix de 2007, parmi 180 autres nominés.
Elle ne l’a pas obtenu en 2007. C’est Al Gore qui fut choisi avec beaucoup de regret pour les admirateurs d’Irena. Elle ne l’aura donc jamais, puisque ce prix ne peut pas être attribué à titre posthume.
L’attribution du prix Nobel à Irena Sendler aurait pourtant été très symbolique car il aurait été le premier attribué pour une action en rapport avec l’Holocauste.

Irena Sendler est décédée à Varsovie le 12 mai 2008.


 

"On m'a éduquée dans l'idée qu'il faut sauver quelqu'un qui se noie, sans tenir compte de sa religion ou de sa nationalité",
aimait à dire Irena Sendler.