Carl Lutz

 

 

Carl Lutz, est né le 30 mars 1895 en Suisse à Walzenhausen (canton d’Appenzell), et bénéficia d’une éducation religieuse méthodiste de la part de sa mère.

De 1910 à 1913, il poursuit des études et fait un stage de commerce dans une usine de textile, à St. Margrethen.

 

 


En 1913, à l'âge de 18 ans, il déménage aux Etats-Unis, et travaille comme ouvrier à Granite City, Illinois.

De 1918 à 1920 il est étudiant au Central Wesleyan College (Warrenton, Missouri)

De juin à septembre 1920 il est Secrétaire à la Légation de Suisse, à Washington.

Puis jusqu’en 1926 il est Secrétaire d’ambassade à Washington, et poursuit des études à la Faculté de Droit et d’Histoire de l’Université George Washington, Washington où il obtiendra en 1924 un diplôme universitaire.

De 1926 à 1934 il est Conseiller au Consulat suisse à Philadelphie, Pennsylvanie et St. Louis, Missouri

En 1935, Lutz est envoyé en Palestine, où il est nommé Vice-consul à Jaffa. Il y passera six années où il représente les intérêts tant suisses qu’allemands. C’est, d’une part, ce qui le sensibilisera aux problèmes des juifs, et d’autre part, il a si bien défendu les veuves et les orphelins d’Allemands en situation difficile que les autorités allemandes garderont pour lui un certain respect.


De 1942 à 1945 il est Chef de la Division des intérêts étrangers, Légation de Suisse, à Budapest


Le 2 Janvier 1942 Lutz est affecté au consulat de Suisse à Budapest, où il est nommé chef du Département des intérêts étrangers de la légation suisse. Là, il représente les intérêts des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de douze autres pays en raison de son alliance avec l'Allemagne nazie.

Dans la capitale hongroise, le vice-consul représente, outre la Suisse, les intérêts de 14 nations dont les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, qui ont rompu leurs relations diplomatiques avec la Hongrie, et ont rappelé leurs ambassadeurs respectifs. A cette époque, la Hongrie est engagée auprès de l’Allemagne nazie. Le 19 mars 1944, la Wehrmacht et un détachement de SS conduits par Adolf Eichmann envahissent la Hongrie. Plus d’un demi-million de Juifs résident dans le pays et mènent une existence précaire, mais relativement épargnée. Les persécutions s’intensifient et dès le 15 mai, les premières déportations vers Auschwitz débutent.

Carl Lutz entreprend de monter un stratagème, avec un cercle d’intimes, afin de permettre aux Juifs hongrois de fuir la barbarie nazie.
Une alliance hétéroclite comprenant des organisations juives locales, des diplomates de pays neutres (Vatican, Suède, Espagne et Salvador notamment) et le délégué du CICR Friedrich Born, naît ainsi, pour former un véritable réseau clandestin.
Le but de Lutz (et de sa femme Gertrude, dont l’histoire parle peu, mais qui était toujours présente, et très active) était de battre de vitesse les déportations.
Pour travailler, Lutz a profité de deux directives officielles. D’une part, les représentants d’Hitler n’ont pas mis en cause le droit de 8000 juifs d’émigrer vers la Palestine demandé peu avant le début des déportations, dans le cadre du «Livre blanc britannique», lequel instaurait l’émigration de 75 000 Juifs en Palestine sur cinq ans (1939-1944). Et d’autre part Berne lui a interdit de donner des passeports individuels.



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Pas de documents individuels ? Lutz a pris note, et a décidé que dans ces cas-là il établirait des documents collectifs (sans consulter Berne), qu’il a appelés “Schutzpass” (passeport de protection).
Il regroupait jusqu'à mille personnes sur un passeport. D’autre part, il a utilisé les 8000 autorisations d’émigrer en les multipliant. Les autorisations, numérotées de 1 à 8000, étaient interprétées comme ayant été données non à huit mille personnes, mais à huit mille familles soit près de 62 000 Juifs. Et lorsqu’il n’y en avait plus, on en refabriquait, toujours soigneusement numérotées de 1 à 8000. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Estampillées des armoiries suisses, elles stipulent que leurs détenteurs sont protégés.
Il protège ainsi les jeunes émigrants, du service du travail hongrois et plus tard de la déportation pendant qu'ils attendent leur passage vers la Palestine. Plus de 10000 enfants et adolescents juifs atteindront ainsi la Palestine en 1944. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'utilisation de la Schutzbriefe ou Schutzpasse a été adopté plus tard par les bureaux consulaires suédois, portugais et espagnol à Budapest pour protéger les Juifs de la déportation.

Peu de temps après la prise de contrôle allemande de la Hongrie en mars 1944, Lutz reçoit une note concernant la déportation prévue des Juifs hongrois. Immédiatement, Lutz et Maximilien Jaeger, le chef de la légation suisse, organisent les légations neutres à Budapest pour contrecarrer le plan allemand, mais en vain. Lorsque les déportations commencent, Lutz place le personnel du Conseil juif pour la Palestine à Budapest sous sa protection diplomatique.

Pour mener à bien son plan, Carl Lutz étend l’extraterritorialité à quelque 72 bâtiments de la capitale hongroise, notamment dans le ghetto de Saint-Étienne, dont des bureaux appartenant aux représentations étrangères qu’il servait, et des commerces juifs désertés. A tel point qu’un district entier bénéficie de la protection helvétique.
Cet acte reste à ce jour «l’application de l’immunité diplomatique la plus étendue jamais observée».
Parmi ces abris, la «Maison de Verre», au 29 Vadasz Utca, le siège d’un grossiste en verre juif, a été transformée en «Département d’émigration de l’ambassade de Suisse» à l’automne 1944. Plus de 30000 Juifs sont hébergés dans ces bâtiments.
Bien qu'ils aient fait l'objet d'attaques et de tentatives de pillages répétées, ces habitants ont presque tous survécu.

Lutz a été appelé à plusieurs reprises pour se rendre au camp de concentration d’Obuda pour sauver des Juifs qui étaient sur le point d'être déportés vers des camps d’extermination. En Novembre 1944, il arrive à faire libérer environ 1000 juifs qui avaient été envoyés de Budapest à la frontière autrichienne.
 

En 1944, peu de gens sont au courant de la politique d’extermination des Juifs par le régime nazi.
Le 10 avril, deux Juifs slovaques, Rudolf Vrba et Alfred Wetzler, s’échappent d’Auschwitz et rédigent leur témoignage. Connu plus tard comme le «rapport Vrba-Wetzeler» ou «Protocole Auschwitz», ce document de 40 pages est traduit en allemand et diffusé à travers la diaspora juive en Europe. Une de ces versions arrive entre les mains de Carl Lutz, qui l’envoie immédiatement à Berne. Désirant ne pas s’attirer les foudres du IIIe Reich, on lui demande de garder l’information secrète. Frustré, il contourne l’obstacle en confiant le document à Florian Manoliou, diplomate roumain travaillant à l’ambassade de Roumanie à Berne. Le protocole arrive finalement à Genève, au consulat du Salvador, où George Mandel-Mantello, Juif d’origine hongroise, diffuse l’information à la presse suisse. Elle est ensuite relayée auprès de grands médias internationaux et c’est ainsi que le monde apprend, stupéfait, l’étendue des crimes nazis. Dans une note envoyée le 20 juillet 1944 à George Mandel-Mantello, Carl Lutz écrit: «J’ai vu des journaux suisses avec des rapports complets des horreurs commises sur les Juifs de Hongrie. Les responsables de ces actes sont furieux. Ils sont persuadés que la nouvelle a été transmise par la valise diplomatique suisse. A ce que je sais, ce n’est pas le cas. Mais la manière dont l’information a été diffusée importe peu. Ce qui compte, c’est le résultat.».
 

Quelques chiffres permettent de mettre en perspective le travail qu’il a accompli :
- en 1941, 742800 juifs vivaient en Hongrie,
- à Budapest, quelque 124000 ont survécu à la guerre,
- entre le 15 mai et le 9 juillet 1944, 437402 juifs hongrois sont morts à Auschwitz,
- avec l’aide de ses volontaires, Lutz a aidé quelque 62000 juifs à survivre, autrement dit, la moitié des survivants lui devaient leur vie.
 

Lorsque l’Armée rouge a libéré la Hongrie, Lutz aurait dû partir aussitôt. Une fois de plus il brave les ordres, et reste plusieurs semaines pour s’assurer que tous ceux qui étaient sous sa protection sont en sécurité.
 

L’accueil du Département des affaires étrangères suisse a été glacial. Il avait transgressé toutes les règles, et désobéi à tous les ordres. Il a été réprimandé formellement pour avoir outrepassé ses compétences. Pendant plusieurs années, il n’a pas reçu d’affectation, et a dû se contenter de travaux administratifs.
On disait même qu’il avait été mis sur une liste noire. En tout cas, on ne lui faisait pas confiance. On aurait préféré ne plus parler de lui.
Mais les juifs qu’il avait sauvés ne l’entendaient pas de cette oreille.

En 1951 il devient Délégué mandataire de la Fédération luthérienne mondiale en Israël.

En 1961 il démission du service consulaire, et prends ainsi sa retraite du service diplomatique.

En 1965, Lutz a été reconnu par Yad Vashem «Juste parmi les Nations».

Il décède à Berne le 13 février 1975.





 

 

 

 

 

 

 

Détail du  Monument à Carl Lutz - Budapest

 

 




 

 

 

 

 

Timbre suisse en l’honneur de Carl Lutz (1999).