Thomas Geve

Thomas Geve, né en 1929, a trois ans lorsqu’Hitler est appelé au pouvoir en janvier 1933.

Allemand, il vit à Berlin avec ses parents. Son père est chirurgien. 1935, marque le début de l’exclusion et de la persécution systématiques des Juifs en Allemagne. En 1938, le père de Thomas décide de partir pour la Grande Bretagne, avec l’idée d’y faire venir sa femme et son fils dès que possible. Mais rapidement, la guerre éclate et les frontières se ferment.
 


Thomas reste seul à Berlin avec sa mère, qui devient ouvrière de nuit. Thomas, âgé de dix ans, se fait embaucher comme fossoyeur au cimetière juif. Jusqu’en 1943, il creuse 4 à 5 tombes par jour. Arrêté une première fois, il parvient à convaincre la Gestapo qu’il faut le relâcher, au motif que si on l’emmène, il n’y aura plus assez de monde pour s’occuper du cimetière, en un temps où les Juifs meurent nombreux.

Arrêté une seconde fois en juin 1943 avec sa mère, il est déporté à Auschwitz et miraculeusement jugé apte au travail malgré ses treize ans. Sa grande taille lui a sans doute permis de mentir sur son âge. Il est affecté dans divers kommandos, dont celui des maçons, qui reste pour lui sa plus grande chance à Auschwitz. En effet, les détenus nouvellement affectés dans ce kommando ont droit à deux ou trois semaines d’apprentissage pendant lesquelles ils sont relativement « protégés ». De plus, les maçons ont pour habitude de défaire une partie du travail fait dans la journée, pour gagner du temps.
Le fait de parler l’allemand était également un facteur important de survie à Auschwitz. C’est le cas de Thomas Geve, qui est en outre un enfant particulièrement éveillé, malgré une scolarité chaotique depuis que les lois de Nuremberg ont privé les Juifs de leurs droits en Allemagne. Il écoute, il observe, et parvient sans doute ainsi à se protéger de certains dangers.

Les Russes progressant vers Auschwitz, les Nazis évacuent le camp vers l’Ouest le 10 janvier 1945. Commencent alors les terribles Marches de la mort auxquelles beaucoup ne survivront pas. Il s’agit de marcher au pas de course, dans le froid glacial et la neige, sans manger ou presque, pendant une dizaine de jours. Tout détenu perdant du terrain sur le groupe est abattu par les Nazis. Les pauses sont rares, et il ne faut surtout pas s’endormir, sous peine de ne jamais se réveiller. Beaucoup de détenus sont malades, souffrent de dysenterie et souillent leur pantalon. Ils meurent les jambes gelées.

Au camp de Gross-Rosen, près de Breislau (Bratislava), le groupe s’arrête quelques jours. Il fait un froid terrible, et les détenus ont l’interdiction de rester à l’intérieur des baraquements dans la journée. Ils doivent attendre dehors, dans la neige, sans s’endormir. Dans les baraquements, ils n’ont pas assez de place pour s’allonger, et s’entassent les uns sur les autres. Thomas Geve raconte qu’un jour, un des baraquements s’est effondré, broyant des dizaines de personnes. Des milliers de détenus meurent à Gross-Rosen.
Depuis Gross-Rosen, les détenus sont finalement entassés dans des wagons de marchandises à ciel ouvert, dans lesquels le froid est insupportable dès que le train prend un peu de vitesse. Pour se protéger du froid, ils s’abritent derrière les corps de ceux qui sont morts…

Les détenus arrivent à Buchenwald, où la vie est un peu plus facile car l’organisation interne du camp est confiée aux détenus. Le 11 avril 1945, à l’approche des Américains, les détenus libèrent le camp au moyen d’armes enterrées par la Résistance mise en place depuis longtemps dans le camp.

Thomas Geve est trop faible pour être évacué tout de suite. Il demande à un camarade de lui trouver du papier et des crayons. Ce camarade lui apporte un bloc de formulaires SS comportant des feuillets de 10 x 15 cm, et cinq petits crayons de la taille d’un mégot de cigarette.

Pendant un mois, Thomas Geve reste à l’infirmerie de Buchenwald et fait 79 dessins résumant ce qu’il a vu, entendu, retenu durant sa détention à Auschwitz, à Gross-Rosen et à Buchenwald. Soucieux de témoigner, il réalise des dessins à caractère encyclopédique, extrêmement structurés et organisés, qui lui permettent de dire le plus de choses possibles sur un minimum de place.
Rien de la barbarie nazie, ni de la solidarité qui naît de la plus extrême misère ne lui échappe.
Son œuvre graphique est le témoignage unique dans l’histoire de la déportation d’un «enfant historien».

Les dessins représentent tous les aspects du système concentrationnaire nazi, depuis les différents types de brassards attribués aux détenus selon leur fonction jusqu’à la liste des camps de concentration et de mise à mort (que Thomas connaissait déjà à Buchenwald car en deux ans il avait croisé des gens arrivant de partout), en passant par les différentes maladies, la faim, le travail, l’organisation d’une journée… jusqu’au serment de Buchenwald (le 20 avril 1945, les 20 000 détenus encore présents dans le camp à sa libération se réunissent sur la place d’appel et prêtent serment qu’ils se battront toute leur vie pour la mémoire de ceux qui sont morts, contre le fascisme…)

Il est l’auteur d’une biographie «Jeunesse enchaînée», qui fut traduite en de nombreuses langues étrangères.

Les originaux des dessins appartiennent au Musée Yad Vashem de Jérusalem.

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