Robert Hugues-Lambert

Né le 1er avril 1908 à Paris et mort le 7 mars 1945 au camp de concentration de Flossenbürg, Robert Hugues-Lambert reste associé aux heures sombres du cinéma français sous l'Occupation.

Le jeune Hugues-Lambert, une fois son brevet des collèges en poche, est d'abord employé de banque puis il commence à se produire dans une troupe de théâtre amateur.
À 18 ans, il suit des cours d'art dramatique avant de partir effectuer son service militaire dans les chasseurs alpins.

Jeune garçon un peu bohème et homosexuel assumé, il rencontre Jean Cocteau qui lui permet de jouer dans une pièce de Giono.
C'est lors d'une de ces représentations qu'il est remarqué pour un projet de film retraçant la vie de l'aviateur Jean Mermoz  auquel il ressemblait beaucoup.
Sans expérience, considéré trop efféminé par certains membres de l'équipe pour tenir ce rôle, il ne fit pas l'unanimité pour ce film important, censé vanter les mérites d'un grand héros français.

Homosexuel, fréquentant assidûment les clubs parisiens, il fut arrêté un soir, le 3 mars 1943, en plein milieu du tournage. Il aurait eu une relation avec un officier allemand, d'où la nécessité de ne pas faire éclater un scandale. 
Inculpé pour « oisiveté » il est dirigé, dès le lendemain, vers le camp de Royallieu près de Compiègne.

Pour terminer le film sur Mermoz, une doublure physique va le remplacer, en la personne d'Henri Vidal qui va tourner ses scènes de dos. Mais Vidal n'a pas le même timbre de voix que Hugues-Lambert. Pour les raccords de voix, Louis Cuny, le réalisateur du film, dépêche une équipe jusqu'à son lieu de détention, et avec la complicité d'un gardien du camp, réussit à enregistrer la voix de Robert Hugues-Lambert à l'aide d'une perche passée par-dessus les barbelés...

Le 16 septembre 1943 Robert Hugues-Lambert, qui espérait être libéré, est pourtant déporté au camp de concentration de Buchenwald sous le matricule 21 623 (avec arrivée le 18), et affecté au bloc 31.

Le 11 octobre 1943, le film (enfin achevé) fait l'objet d'une projection privée à Vichy. Y assistent, entre autres, Pétain lui-même, la mère de Mermoz,et le sculpteur François Cogné.

Une seconde projection a lieu 3 jours plus tard (le 14 octobre) à Paris, à l'Opéra Garnier, dans le cadre d'une soirée de gala, au bénéfice de la Croix Rouge, Le Tout Paris de l'Occupation s'y précipite, sans que l'absence de l'acteur principal y soit évoquée...
La sortie très attendue du film, en salles, aura lieu, elle, le 3 novembre 1943.

À Buchenwald, il avait été très lié avec François Francen (1922-1943), fils naturel de la comédienne Mary Marquet et de Firmin Gémier. Lui aussi est mort en déportation, dans ce camp.

L'hebdomadaire «Vedettes» consacre sa couverture à une photo du comédien. Contrairement à sa pratique habituelle, pourtant, le magazine n'indique pas son nom. En bas à gauche, une légende indique simplement: «Une belle image de Mermoz, un grand film parmi les plus grands de l'année».
A Paris, dans le monde des vivants, il avait déjà cessé d'exister.

A Buchenwald, où il se trouvait dans l'antichambre de la mort, il ne conservait qu'un matricule, cousu sur sa chemise, et un surnom : «Là-bas, tout le monde l'appelait Mermoz.».
Le 28 novembre 1944, il est transféré au camp de Flossenbürg où il travaille à la briqueterie. Très affaibli, souffrant d'œdèmes aux jambes, il meurt d'épuisement le 7 mars 1945 dans l'oubli le plus total.

En 1999, Marcel Bluwal a consacré un long-métrage à l'histoire de ce tournage sur Mermoz, intitulé "Le Plus Beau Pays du monde".