Robert-Hugues Lambert

Né en 1908 à Paris, Robert-Hugues Lambert reste associé aux heures sombres du cinéma français sous l'Occupation.

Jeune garçon un peu bohème, il fut choisi en 1943 pour interpréter le rôle de Jean Mermoz, le célèbre aviateur français, auquel il ressemblait beaucoup. Sans expérience, considéré trop efféminé par certains membres de l'équipe pour tenir ce rôle, il ne fit pas l'unanimité pour ce film important, censé vanter les mérites d'un grand héros français.

Homosexuel, fréquentant assidument les clubs parisiens, il fut arrêté un soir, en plein milieu du tournage, il aurait eu une relation avec un officier allemand, d'où la nécessité de ne pas faire éclater un scandale.
L'équipe du film, et son réalisateur Louis Cuny, décidèrent de le remplacer et de tourner ses scènes de dos (avec l'acteur Henri Vidal).
Interné au camp de Compiègne, puis à Drancy, l'équipe technique se déplaça pour lui faire enregistrer quelques dialogues ... en positionnant le micro au-dessus des barbelés !

Le 16 août 1943, il est déporté au camp de concentration de Buchenwald sous le matricule 21623, et affecté au bloc 31.
Le 28 novembre 1944, il est transféré au camp de Flossenbürg où il travaille à la briqueterie.

Très affaibli, souffrant d'œdèmes aux jambes, il meurt d'épuisement le 7 mars 1945.

Lors de la grande première du film, quand Mermoz sort sur les écrans parisiens, en novembre 1943, personne ne s'étonna de l'absence de l'acteur vedette ; et pour cause, il avait été déporté au camp de Buchenwald quelques semaines plus tôt.
L'hebdomadaire «Vedettes» consacre sa couverture à une photo du comédien. Contrairement à sa pratique habituelle, pourtant, le magazine n'indique pas son nom. En bas à gauche, une légende indique simplement: «Une belle image de Mermoz, un grand film parmi les plus grands de l'année».

A Paris, dans le monde des vivants, il avait déjà cessé d'exister.

A Buchenwald, où il se trouvait dans l'antichambre de la mort, il ne conservait qu'un matricule, cousu sur sa chemise, et un surnom : «Là-bas, on ne disait jamais Lambert. Tout le monde l'appelait Mermoz.».
Dans l'indifférence, il décède d'épuisement à Flossenbürg le 7 mars 1945.